L’offensive médiatique de Jeanne Pollès – Philip Morris France

Dans une interview accordée au Parisien, Jeanne Pollès, présidente de Philip Morris France, s’est inquiétée de l’impact des hausses de prix sur le pouvoir d’achat des fumeurs. Selon elle, le gouvernement ne tiendrait pas compte de la difficulté rencontrée par certains fumeurs d’arrêter de fumer. Un sentiment ironique pourrait nous faire apprécier l’évolution de l’industrie du tabac dans sa capacité à évaluer la nocivité de ses propres produits. En effet, quand 46 Etats américains attaquent en justice les cigarettiers en 1994, les dirigeants des sept principales compagnies, interrogées à la barre, s’étaient défendus d’une seule voix : « Je crois que la nicotine n’est pas addictive ».

Magnanime, Jeanne Pollès s’inquiète donc de la santé financière de ses fumeurs, dont un sur deux au moins mourra prématurément de sa consommation tabagique.

En réalité, les hausses de prix régulières et significatives sur le prix du tabac sont le moyen le plus efficace pour réduire la prévalence tabagique au sein d’une population, et notamment celle des plus jeunes et des plus précaires, les plus touchées par l’épidémie tabagique. On peut par ailleurs s’étonner que l’industrie du tabac, diffusant sur le marché un produit plus addictif que la cocaïne ou l’héroïne,  s’émeuve aujourd’hui des mécanismes d’addiction dans lesquels sont pris ses consommateurs, souvent dès l’adolescence. Jeanne Pollès, qui dirige Philip Morris en France, omet naturellement d’évoquer que le fabricant fut le premier à ajouter de l’ammoniac dans ses produits pour faciliter l’absorption de la nicotine et maintenir la dépendance des fumeurs.

Cette interview, en plus de chercher à délégitimer les politiques publiques menées contre le tabagisme, vise à faire la promotion des nouveaux produits du tabac, ainsi que ceux du vapotage. Jeanne Pollès n’hésite d’ailleurs pas à travestir la réalité, en affirmant que « de plus en plus d’études scientifiques indépendantes prennent position en faveur de ces produits moins nocifs », alors qu’il n’existe aucune donnée fiable sur la moindre dangerosité réelle de ces derniers.

Cette interview est en fait une opération de lobbying destiné à assouplir le dispositif législatif  pour ces nouveaux produits du tabac: la question de la publicité, centrale pour le fabricant et aujourd’hui formellement interdite. Ainsi, la présidente de Philip Morris France n’hésite pas à conclure: « Si on nous autorisait à communiquer sur ces nouveaux dispositifs, par exemple sous la forme d’une petite publicité sur les paquets de cigarettes, ce serait un bon début ».

La tribune de Jeanne Pollès sur le Parisien est problématique à deux niveaux. D’abord, il est légitime de voir en elle un contournement de l’interdiction de toute forme de publicité, directe ou indirecte pour les produits du tabac, quand l’interview s’avère être une apologie du tabac chauffé et du vapotage. Enfin, les arguments et faits énoncés dans cette interview, pris pour argent comptant, montrent la capacité de l’industrie du tabac à investir et manipuler les médias en réussissant à se faire passer pour un acteur responsable.