Corona-washing : Comment l’industrie du tabac fait avancer ses intérêts au milieu de la pandémie

Les fabricants de tabac utilisent des tactiques bien connues pour profiter de la situation de pandémie actuelle en vue de redorer leur image positive.

Les cigarettes ne sont pas considérées comme des biens de consommation essentiels dans la plupart des pays et ne sont donc pas incluses dans la planification nationale pour garantir l’approvisionnement du grand public. Cependant, comme de nombreux petits magasins vendant des aliments et des produits essentiels restent ouverts, le tabac et les cigarettes électroniques sont toujours accessibles aux consommateurs quotidiennement. Il existe certaines exceptions,  où les mesures de confinement incluent l’interdiction de la vente de cigarettes . Néanmoins, plusieurs analystes financiers affirment que le cours des actions des compagnies de tabac n’est pas affecté par la pandémie. [1]. Cette situation résulte du fait que la nicotine crée une vraie dépendance chez les fumeurs. Si on en empêche brusquement un fumeur d’avoir sa dose il va subir des symptômes de manque important. De nombreux pays comme la France où l’on aurait pu fermer ce type d’établissement n’ont pas osé le faire en raison de cette donnée.

Certains pays comme le Tchad, ont réussi à adopter des mesures énergiques de lutte contre le tabagisme et de protection à l’égard de cette industrie. Aussi lorsqu’Imperial Tobacco a essayé de développer sa campagne de publicité au motif de communiquer sur la pandémie, les autorités tchadiennes, après avis du CNCT, ont opposé un refus catégorique.

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Cependant, les fumeurs courent un risque plus élevé de complications et de symptômes graves de coronavirus. Le Center for Disease Control and Prevention (CDC)[2] aux États-Unis, a mis en garde contre le tabagisme ainsi que le vapotage, car ceux-ci peuvent augmenter le risque de développer des symptômes graves de la maladie. Pour empêcher une diminution de la consommation de leurs produits, en particulier au regard des risques aggravés liés à au tabagisme, – et donc maintenir sa rentabilité en dépit de la pandémie-, l’industrie du tabac essaie de se présenter comme une partie prenante positive de la santé mondiale.

De nombreuses entreprises réagissent à la crise mondiale et ont changé ou adapté leurs gammes de produits pour répondre aux besoins d’appareils pour les hôpitaux et d’outils de protection comme la production de respirateurs, de masques de protections ou de gels désinfectants. L’industrie du tabac vise également à se positionner dans ce mouvement de solidarité.

Ces derniers jours ont vu l’émergence d’une série de nouvelles tactiques de l’industrie du tabac pour améliorer son image, telles que British American Tobacco (BAT) annonçant le développement d’un vaccin contre le SRAS-CoV-2 utilisant des feuilles de tabac, ou Philip Morris International faisant un don de 50 respirateurs en Grèce.

Ces actions peuvent être perçues comme ironiques, voire carrément hypocrites, étant donné les nombreux effets délétères du tabagisme sur la santé, en particulier en ce qui concerne les maladies respiratoires graves, le cancer du poumon et les dysfonctionnements cardiaques.

En outre, alors que la pandémie de coronavirus continue de ravager les économies nationales et régionales, l’industrie du tabac – actuellement l’une des entreprises les plus rentables au monde – offre des incitations financières philanthropiques dans le cadre d’une nouvelle campagne de relations publiques[3]. En Afrique du Sud, par exemple, Johann Rupert[4], un homme d’affaires affilié à l’industrie du tabac, s’est engagé à donner 1 milliard de rands (46 millions d’euros) à un fonds de solidarité pour les entreprises sud-africaines touchées par le coronavirus.

En ces temps d’incertitude et d’évolution rapide de l’environnement, les décideurs politiques, le grand public et même le monde de la santé pourraient être induits en erreur par de telles tactiques qui se veulent de « bonne volonté » et adhérer à cette énième volonté de transformation de l’image de l’industrie.  Il est donc d’autant plus important d’attirer l’attention sur la nature cynique de ces récentes initiatives de l’industrie du tabac et de continuer à mettre l’accent sur les preuves scientifiques démontrant les risques accrus du tabagisme dans la présente pandémie, inciter et aider à l’arrêt.

Lien de l’article traduit de l’anglais (Traduction & Adaptation par le CNCT)

Auteur  : Yannick Romero, responsable des réseaux de plaidoyer au sein de l’équipe des connaissances, du plaidoyer et des politiques de l’UICC.


[1] https://www.fool.com/investing/2020/02/19/these-3-dividend-stocks-are-immune-to-the-coronavi.aspx

[2] https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/need-extra-precautions/people-at-higher-risk.html

[3] https://researchportal.bath.ac.uk/en/publications/the-extreme-profitability-of-the-uk-tobacco-market-and-the-ration

[4] https://www.businessinsider.co.za/johann-rupert-and-nicky-oppenheimer-donate-r1-billion-to-small-businesses-to-help-with-coronavirus-heres-their-net-worth-2020-3