Une organisation qui joue sur les valeurs de la proximité

Une organisation qui joue sur les valeurs de la proximité

Dans la communication de la Confédération des buralistes, un certain nombre d’éléments de langage ont été définis et sont assénés de manière systématique. L’argument de la « proximité » en fait partie. Il s’est imposé comme un « sésame » de la légitimité de la Confédération comme acteur incontournable de la société et ainsi d’une certaine manière comme partie prenante dans la décision politique.

Ainsi auprès des décideurs politiques et du grand public, la Confédération joue plus particulièrement sur certains registres : celui de la ruralité, du petit commerce traditionnel où perdure le lien social. Aussi, dans sa communication, prône-t-elle, aussi souvent que possible, le slogan « la proximité, c’est nous » en guise de profession de foi. Elle s’octroie même le titre de « 1er commerce de proximité » jusque dans son logo.

Cette formulation de « premier commerce de proximité » n’est pas tout à fait exacte au regard des dernières données de l’INSEE. Ceux-ci recensent par exemple 52 400 commerces de boulangerie et pâtisserie au 1er janvier 2008, 54 200 commerces de détail d’habillement et de la chaussure ou encore 35 300 établissements de coiffure [1], alors que les débits de tabac sont au nombre de 29 616 au 31 décembre 2007 [2].

La mise en avant des débitants de tabac constitue une stratégie efficace pour les fabricants de tabac : ceux-ci représentent la France profonde. Avec eux, l’industrie fait passer l’idée que s’attaquer au tabac, c’est risquer de détruire le lien social. La prétendue défense des « derniers commerces de proximité » est un argument particulièrement efficace auprès des parlementaires.

Extrait de Cash Investigation « Tabac, la grande manipulation » du 7 novembre 2014 – Interview

 

Lobbyiste de l’industrie du tabac : « On utilise le buraliste pour aller défendre les intérêts des multinationales. C’est ça le paradoxe. En gros, c’est de la chair à canon. On n’a jamais vu un politique se lever pour défendre l’industrie du tabac, ça n’existe pas. Parce qu’électoralement, ça n’a pas de sens. Et donc, on ne leur demande jamais de défendre les intérêts des fabricants de tabac. On donne un coup de ripolin sur nos demandes et on leur demande de défendre les intérêts des buralistes notamment en France. En France, ça se passe comme ça. » 

 
[1] INSEE, « Le commerce de proximité » <http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1292>
[2] « L’évolution du nombre de buralistes » (source : DGDDI), Revue des Tabacs no 604, janvier 2013, p. 14.