Communiqués de presse

Accueil > Communiqués de presse > Le CNCT alerte sur la hausse de l’usage du vapotage et la désinformation orchestrée par le lobby de la vape

Le CNCT alerte sur la hausse de l’usage du vapotage et la désinformation orchestrée par le lobby de la vape

Paris, le 11 décembre 2025 – Les derniers résultats du Baromètre de Santé publique France 2024 confirment une progression continue du vapotage dans la population adulte, avec des usages particulièrement ancrés chez les jeunes adultes et les publics socialement fragilisés. Près d’un vapoteur quotidien sur deux fume également du tabac, ce qui annule, voire inverse les éventuels bénéfices attendus de réduction des risques chez les vapo-fumeurs. Dans ce contexte, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) dénonce la campagne offensive menée par les acteurs du vapotage contre l’article 23 du projet de loi de finances, une mobilisation qui s’appuie sur une présentation trompeuse des enjeux sanitaires et menace les objectifs nationaux de santé publique.

Une progression du vapotage, marquée par un usage dual très répandu

Le Baromètre 2024 confirme une hausse continue du vapotage chez les 18-79 ans, avec 7,9 % d’adultes utilisateurs et 6,1 % d’usages quotidiens, et une expérimentation très répandue : 37,5 % des adultes ont déjà essayé la cigarette électronique, avec des niveaux particulièrement élevés chez les 18-29 ans, fortement exposés aux dispositifs jetables et aromatisés. Cette progression touche surtout les 18-49 ans et demeure plus élevée chez les hommes. Les inégalités sociales sont marquées : 8,2 % de vapotage quotidien chez les personnes déclarant une situation financière difficile contre 4,2 % chez celles à l’aise, et des niveaux plus élevés chez les ouvriers et employés. Les disparités régionales persistent également, avec des prévalences oscillant entre 4,6 % et 10 %, particulièrement élevées en Bretagne et en Corse.

Près d’un vapoteur quotidien sur deux continue de fumer (47,7 %), annulant voire inversant les bénéfices attendus en matière de réduction des risques. Par ailleurs, 2,8 % des vapoteurs quotidiens n’avaient jamais fumé auparavant, confirmant que ces produits ne sont pas neutres sur le plan de l’entrée dans l’addiction nicotinique. Les trajectoires d’usage combiné montrent que la cigarette électronique peut prolonger, voire renforcer, la dépendance à la nicotine en l’absence d’une stratégie d’arrêt structurée et accompagnée.

Une offensive médiatique orchestrée par le lobby de la vape qui fragilise la santé publique

Dans ce contexte sanitaire préoccupant, la campagne menée par la Fivape et plusieurs acteurs du secteur contre l’article 23 du projet de loi de finances constitue une offensive médiatique d’une ampleur inédite. Cet article visait à établir un cadre juridique minimal pour les produits du vapotage, en prévoyant notamment une fiscalité spécifique ainsi qu’un agrément pour les vendeurs et l’interdiction de leur vente en ligne afin de mieux protéger les mineurs et de limiter les circuits non contrôlés. Mobilisation dans les rues et sur les réseaux sociaux, tribunes alarmistes, communications dramatisées sur un prétendu « péril vital pour la filière », accusations de « mise à mort de la vape » : l’ensemble de cette stratégie vise à influencer les pouvoirs publics en présentant le vapotage comme un outil de santé publique indispensable, ce que ne reconnaissent pourtant ni les autorités sanitaires françaises ni les institutions internationales. Cette rhétorique contribue à construire une image de « défenseurs de la santé » qui ne correspond pas à la réalité du secteur, constitué d’entreprises commerciales – au même titre que les buralistes – dont les pratiques restent très éloignées des standards attendus d’acteurs de santé publique. La dernière étude du CNCT[1] montre par ailleurs qu’un tiers des enseignes de vapotage acceptent de vendre des produits du vapotage à un mineur, malgré l’interdiction, remettant en cause les déclarations de vertu et de responsabilité avancées des porte-paroles des acteurs économiques de la vape.

Cette communication s’appuie sur des slogans simplificateurs et une lecture biaisée des données scientifiques, ignorant notamment que près de la moitié des vapoteurs français quotidiens sont également fumeurs, limitant ainsi drastiquement l’intérêt sanitaire de ces produits. Elle passe également sous silence les risques associés au maintien d’une dépendance nicotinique, la forte prévalence d’expérimentation chez les jeunes adultes et les enjeux liés aux produits aromatisés, dont l’attractivité a été largement documentée. Les acteurs du secteur invoquent régulièrement l’argument selon lequel la cigarette électronique serait « 95 % moins nocive », alors même qu’aucune démonstration scientifique rigoureuse ne permet d’étayer un tel chiffre, largement contesté dans la littérature et par les autorités sanitaires

Pour Yves Martinet, président du CNCT : « La mobilisation actuelle du lobby du vapotage illustre une fois encore la puissance d’un secteur qui défend avant tout ses intérêts économiques, tout en tentant de se draper dans un discours de santé publique. Lorsque des acteurs commerciaux qui vendent encore des produits à des mineurs prétendent dicter la politique sanitaire du pays, il y a de quoi s’inquiéter. Les pouvoirs publics ne doivent pas confondre messages promotionnels et enjeux de santé : l’objectif reste de protéger la population, et certainement pas de pérenniser la dépendance à la nicotine. »

Contrairement à ce que laissent entendre les organisations professionnelles du secteur, la France dispose d’outils éprouvés, efficaces pour accompagner l’arrêt du tabac et qui sont pris en charge : substituts nicotiniques remboursés, traitements médicamenteux validés, accompagnements spécialisés. Aucun de ces dispositifs ne repose sur la promotion de produits dont l’objectif premier est la poursuite de l’usage de la nicotine. Le vapotage ne doit pas être présenté comme un produit de consommation courante, encore moins comme un levier officiel de santé publique.

Le CNCT alerte par ailleurs sur le risque majeur que constitue cette campagne pour l’objectif national d’une génération sans tabac à l’horizon 2032. En donnant un écho disproportionné à des revendications corporatistes, au détriment de considérations sanitaires fondamentales, cette mobilisation affaiblit les efforts engagés pour réduire l’expérimentation des jeunes, l’addiction à la nicotine et les inégalités de santé. Elle contribue à renormaliser des usages qui, loin d’être anodins, prolongent la dépendance et exposent les populations les plus vulnérables.

Le CNCT appelle les pouvoirs publics à ne pas se laisser influencer par ces stratégies de pression et à maintenir un cadre réglementaire protecteur, fondé sur des données scientifiques robustes, garantissant que la réduction de la consommation de tabac et de nicotine demeure l’objectif prioritaire. Il réaffirme que le débat public doit s’appuyer sur les faits, et non sur des campagnes d’influence orchestrées par des acteurs économiques dont le premier intérêt demeure la pérennisation de leur marché.


[1] Communiqué, Un buraliste sur trois accepte encore de vendre aux mineurs sans aucun contrôle d’identité, CNCT, publié le 12 novembre 2025

Pour Yves Martinet, président du CNCT :

« La mobilisation actuelle du lobby du vapotage illustre une fois encore la puissance d’un secteur qui défend avant tout ses intérêts économiques, tout en tentant de se draper dans un discours de santé publique. Lorsque des acteurs commerciaux qui vendent encore des produits à des mineurs prétendent dicter la politique sanitaire du pays, il y a de quoi s’inquiéter. Les pouvoirs publics ne doivent pas confondre messages promotionnels et enjeux de santé : l’objectif reste de protéger la population, et certainement pas de pérenniser la dépendance à la nicotine. »

Contact de presse

Amélie ESCHENBRENNER
communication@cnct.fr

A propos du CNCT

Le Comité National Contre le Tabagisme est la première association qui s’engage et agit pour la prévention et la protection des personnes face aux méfaits du tabac et aux pratiques de son industrie. En France, le tabagisme reste la première cause de mortalité prématurée et évitable. Pour lutter contre ce fléau, le CNCT mène à la fois des actions de prévention afin de sensibiliser sur ces dangers et des actions de plaidoyer pour faire adopter des mesures de protection efficaces.

A lire également: