Journée mondiale sans tabac : face à l’industrie du tabac, protéger les générations futures
Paris, le 29 mai 2026 – À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac 2026, dont le thème cette année souligne « l’urgence de renforcer la responsabilité des acteurs et de protéger les jeunes générations face à un paysage en constante évolution de produits conçus pour entretenir l’addiction à la nicotine », le Comité national contre le tabagisme (CNCT) réaffirme la nécessité de maintenir et renforcer des politiques publiques ambitieuses face à une industrie du tabac qui continue d’adapter ses stratégies afin de préserver ses intérêts économiques.
Depuis de nombreuses années, le CNCT agit activement pour protéger les populations, et en particulier les jeunes, des stratégies commerciales des fabricants de produits du tabac et de la nicotine. À travers des actions judiciaires stratégiques, un travail constant de veille et d’observation des pratiques marketing de l’industrie, ainsi qu’un plaidoyer porté aux niveaux français et européen, le CNCT œuvre à l’application effective de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Ces actions visent à réduire durablement le tabagisme, dénormaliser sa consommation dans la société et empêcher le renouvellement des générations de consommateurs.
Une génération sans tabac en France : un objectif désormais crédible
Les résultats observés ces dernières années démontrent l’efficacité des politiques de santé publique lorsqu’elles sont ambitieuses, cohérentes et appliquées avec rigueur. En France, la prévalence du tabagisme quotidien chez les adultes demeure élevée mais elle est en recul et touche 18% des 18-75 ans, contre environ 25 % il y a encore cinq ans. Cette diminution constitue une avancée majeure pour la santé publique et confirme l’impact des mesures de prévention, de fiscalité, d’encadrement du marketing et de protection des populations.
Chez les adolescents, les évolutions observées apparaissent particulièrement encourageantes. Selon les dernières données de l’enquête ESPAD de l’OFDT, seuls 3,1 % des adolescents scolarisés de 16 ans déclarent aujourd’hui fumer quotidiennement. Ce niveau historiquement bas rapproche désormais la France des niveaux observés dans plusieurs pays scandinaves et rend crédible, pour la première fois, la perspective d’une véritable génération sans tabac.
Le CNCT alerte toutefois sur les mutations rapides des stratégies industrielles. Parallèlement à la baisse du tabagisme, une augmentation préoccupante du vapotage est observée chez les adolescents français. L’industrie du tabac et de la nicotine déploie désormais de nouveaux produits fortement addictifs et multiplie les stratégies promotionnelles, notamment dans les environnements numériques, sur les réseaux sociaux, via les influenceurs, les contenus culturels et les plateformes fréquentées par les jeunes publics.
La France figure aujourd’hui parmi les pays européens les plus engagés en matière de lutte antitabac. Selon le Tobacco Control Scale, outil de référence évaluant les politiques de contrôle du tabac mises en œuvre dans les pays européens, fiscalité, interdiction de publicité, protection contre le tabagisme passif, aides au sevrage ou encore paquet neutre, la France se classe désormais au 4e rang européen. Cette position illustre l’efficacité des politiques publiques lorsqu’elles sont appliquées de manière cohérente et ambitieuse. Toutefois, malgré ces avancées, les stratégies d’influence et de lobbying de l’industrie du tabac et du vapotage demeurent extrêmement puissantes et continuent de freiner ou d’affaiblir certaines mesures essentielles de protection de la santé publique, tant au niveau national qu’européen.
Une année charnière pour la lutte antitabac en France et en Europe
Dans ce contexte, 2026 constitue une année particulièrement stratégique avec les révisions attendues de plusieurs directives européennes relatives aux produits du tabac, à leur fiscalité et à leur publicité. Le CNCT travaille étroitement avec son partenaire européen Smoke Free Partnership afin de promouvoir des réglementations européennes ambitieuses, adaptées aux nouveaux produits et aux nouveaux modes de promotion utilisés par l’industrie. Dans le cadre des révisions à venir, le CNCT plaidera pour l’adoption des mesures les plus protectrices possibles à l’échelle de l’Union européenne, afin de garantir un niveau élevé de protection de la santé publique et d’éviter une fragmentation réglementaire du marché européen susceptible de bénéficier aux stratégies commerciales de l’industrie du tabac et de la nicotine. Le CNCT soutient cependant fortement que des Etats membres puissent adopter des mesures allant au- delà de dispositions communes conformément aux dispositions prévues dans la convention de l’OMS, ratifiée par l’Union Européenne et l’ensemble des Etats membres.
Cette mobilisation du CNCT a récemment été reconnue à l’échelle internationale à travers l’attribution d’un prix par l’Organisation mondiale de la santé. L’OMS a notamment salué « la contribution remarquable et durable du CNCT à la lutte antitabac à travers les actions judiciaires stratégiques, le plaidoyer politique et le suivi rigoureux des pratiques de l’industrie ». L’organisation a également souligné le rôle majeur joué par le CNCT dans la défense du paquet neutre, des restrictions de publicité et des protections contre les ingérences de l’industrie du tabac dans les politiques publiques.
À travers sa plateforme d’information Génération sans tabac, le CNCT s’est également imposé comme une source indépendante de référence sur les questions liées au tabac et à la nicotine dans l’espace francophone.
« Les résultats observés aujourd’hui montrent qu’une politique ambitieuse de lutte contre le tabagisme fonctionne. La baisse historique du tabagisme chez les jeunes constitue un signal extrêmement encourageant. Mais l’industrie du tabac n’a pas changé : elle adapte simplement ses stratégies pour continuer à recruter de nouveaux consommateurs, notamment parmi les adolescents. Derrière les discours de transformation et de responsabilité, elle poursuit une logique fondamentalement incompatible avec la santé publique. Face à des industriels aux moyens considérables, nous continuerons à agir, en France comme en Europe, pour protéger les générations futures et faire reculer durablement l’addiction à la nicotine. »
— Pr. Yves Martinet, président du CNCT