Incendies : le CNCT soutient la proposition de loi de Yannick Neuder pour faire payer les cigarettiers
Paris, le 6 août 2026 – Alors qu’un été marqué par de nombreux incendies remet en lumière le rôle des mégots dans les départs de feu, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) apporte son soutien à la proposition de loi du député Yannick Neuder visant à taxer les industriels du tabac, et dénonce une industrie qui, depuis des décennies, fait porter à la collectivité le coût environnemental d’un produit dont elle connaît pourtant parfaitement la toxicité. Le texte prévoit une contribution de 15 euros pour 1 000 cigarettes vendues, facturée directement aux fabricants, afin de financer un fonds dédié à la prévention des incendies et à la régénération des milieux naturels contaminés par les mégots.
Un déchet toxique produit en masse, dont l’industrie refuse d’assumer le coût réel
Chaque année en France, entre 20 000 et 25 000 tonnes de mégots sont jetées dans la nature, selon le ministère de l’Écologie. Le mégot est le deuxième déchet plastique le plus retrouvé sur les plages du pays. Près d’un fumeur sur cinq admet encore jeter ses mégots par la fenêtre de sa voiture, un geste dont les conséquences sont loin d’être anodines : selon une étude de l’Office national des forêts, si neuf incendies sur dix sont d’origine humaine, une part significative des feux d’origine accidentelle est directement liée à des mégots mal éteints jetés dans la nature.
Le CNCT rappelle une réalité que l’industrie s’emploie à masquer depuis des décennies : le filtre de cigarette n’apporte aucun bénéfice sanitaire réel pour le fumeur. Conçu dans les années 1950 pour rassurer une opinion publique inquiète des premiers liens établis entre tabac et cancer, il s’agit avant tout d’une invention marketing, qui n’a jamais réduit les risques sanitaires liés à la consommation de tabac. Composés d’acétate de cellulose, les filtres se fragmentent en microplastiques sans jamais se dégrader complètement, relarguant dans les sols et les cours d’eau des substances toxiques telles que la nicotine, les métaux lourds et divers agents cancérigènes issus du tabac résiduel. Le CNCT rappelle à ce titre qu’aucun filtre, y compris ceux présentés comme « biodégradables » par certains fabricants, n’échappe à cette réalité.
Cette pollution n’a rien d’un accident : elle est la conséquence directe et prévisible d’un produit conçu, fabriqué et vendu en toute connaissance de cause par des industriels qui n’ont, à ce jour, jamais eu à en assumer le coût réel.
Le CNCT soutient la proposition de loi de Yannick Neuder : faire enfin payer les responsables
Face à ce constat, le CNCT accueille favorablement la proposition de loi que s’apprête à déposer le député Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé, visant à instaurer une contribution de 15 euros pour 1 000 cigarettes vendues, facturée directement aux fabricants de tabac. Basée sur les ventes de 2025, cette contribution représenterait environ 350 millions d’euros de recettes annuelles, exclusivement dédiées à un fonds de prévention des incendies et de régénération des forêts et des milieux aquatiques, placé à la Caisse des dépôts sous la responsabilité des ministères concernés, sans aucune représentation de l’industrie du tabac dans sa gouvernance.
Le CNCT y voit une application enfin cohérente du principe pollueur-payeur, trop longtemps ignoré s’agissant du tabac. Il ne s’agit pas d’un dispositif punitif envers les fumeurs, mais d’une mesure de justice environnementale élémentaire : ce sont les fabricants, et non les collectivités ni les contribuables, qui doivent supporter le coût d’un produit dont ils tirent des profits considérables tout en externalisant ses dégâts sur les forêts, les sols et les cours d’eau.
Un dispositif de gestion des mégots déjà confié aux cigarettiers, sans les garanties nécessaires
Le CNCT rappelle par ailleurs qu’un dispositif de gestion des mégots existe déjà en France depuis 2021 : Alcome, éco-organisme intégralement financé et structuré par les industriels du tabac eux-mêmes. Un mandat confié à ceux-là mêmes qui sont à l’origine de la pollution qu’ils sont censés résorber, sans qu’aucune garantie d’indépendance ni de transparence n’encadre réellement son fonctionnement. Le CNCT considère qu’aucune contribution financière des cigarettiers, qu’il s’agisse d’Alcome ou du fonds proposé par la présente PPL, ne saurait s’accompagner d’un quelconque pouvoir de gouvernance laissé à l’industrie, conformément à l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.
Pour le CNCT, il est proprement scandaleux qu’une industrie qui engrange des profits colossaux continue, en toute impunité, à faire porter à la collectivité le coût environnemental et sanitaire d’un produit dont elle connaît la nocivité, pour les fumeurs comme pour les écosystèmes. Il est temps que les cigarettiers cessent d’échapper à leurs responsabilités et paient enfin, à hauteur des dégâts qu’ils causent.