Ressources - Communiqués

Accueil > Directive européenne sur les produits du tabac : à qui profite le report ?

Directive européenne sur les produits du tabac : à qui profite le report ?

Hier le Parlement européen a décidé de reporter le vote en séance plénière d’une directive sur les produits du tabac susceptible de préserver l’entrée dans le tabagisme. Cette directive fait l’objet de négociations et discussions depuis trois années. Officiellement pourtant c’est le manque de temps et la tenue des élections allemandes qui sont invoqués. En réalité, ce sont bien les lobbies du tabac qui sont parvenus, au détriment de la santé et de la volonté de la population européenne, à empêcher ce vote.

Paris, le 6 septembre 2013 – Depuis plusieurs années, l’Europe est engagée dans la révision d’un texte législatif fondamental susceptible de mieux protéger la santé des personnes et en particulier de prévenir le tabagisme des jeunes. Trois années de discussions au cours desquelles les lobbies du tabac n’ont cessé de jouer la montre, d’influencer le processus, le contenu des mesures, etc.

En dépit de ce lobby sans précédent, la Commission ENVI du Parlement européen qui a longuement travaillé sur les propositions du texte avait adopté le 10 juillet dernier des mesures fortes qui devaient être entérinées le 10 septembre prochain en séance plénière.

Parmi ces mesures figurent notamment :
–    L’apposition d’avertissements graphiques couvrant 75% de la surface des deux principaux côtés des paquets de produits du tabac,
–    Une interdiction complète de tous les arômes attractifs et une réglementation de l’usage d’additifs dangereux dans le tabac,
–    Une interdiction des cigarettes très fines dites slims et des paquets ayant la forme de rouge à lèvres visant tout particulièrement les jeunes filles,
–    Des mesures permettant de lutter efficacement contre le commerce illicite des produits du tabac : contrebande et contrefaçon,
–    La possibilité pour les Etats membres d’instaurer à leur niveau des paquets neutres standardisés.

C’était cependant sans compter la puissante armada financière déployée par les fabricants de tabac pour empêcher l’adoption finale de ce texte. Des centaines de lobbyistes agissant pour les fabricants sont à l’œuvre, sans arrêt, dotés de moyens qui en disent long : 7 000 euros par parlementaire. Ces lobbyistes agissent sans aucune transparence puisqu’ils ne sont même pas déclarés officiellement dans les registres européens mails ils sont parvenus à trouver suffisamment de parlementaires qui relaient leurs demandes et fassent capoter le processus. En effet, reporter le vote de ce texte avec les contraintes du calendrier pour une décision commune avec le Conseil des Ministres signifie que la probabilité d’avoir un texte pendant cette législature devient infime. Gagner du temps pour que la consommation ne diminue pas est l’objectif incessant des fabricants.

Cette analyse ne renvoie malheureusement pas à une théorie du complot. Elle est fondée sur leurs propres documents internes et la stratégie déployée à l’encontre de ce texte essentiel.
Un certain nombre de parlementaires se sont du reste émus de ces pratiques où certains groupes politiques, le PPE et le parti ALDE (libéraux démocrates) sont tout spécialement visés. La députée du PPE, Madame Françoise Grossetête, a publiquement, dénoncé ces agissements.

Le Pr Yves Martinet, président du Comité National contre le Tabagisme, membre de l’Alliance contre le tabac en France, déplore cette très grave décision prise par des parlementaires qui devront s’expliquer sur les motivations de leur vote devant les électeurs. « L’argument d’une absence de temps pour étudier le texte après trois années de discussions est une insulte à l’intelligence des citoyens. Il en est de même de la nécessité d’attendre que les élections allemandes aient eu lieu. En quoi les élections allemandes expliquent-elles que le Parlement cesse de travailler ? Et pourquoi spécifiquement sur ce dossier ? » déclare le Pr Yves Martinet.

 

A lire également: