Vapotage : face aux risques rappelés dans l’avis de l’Anses, le CNCT demande un meilleur encadrement
Paris, le 6 février 2026 – Dans un récent avis, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) conclut que le vapotage comporte des risques sanitaires possibles : l’inhalation répétée des aérosols est associée à des effets cardiovasculaires probables, à des atteintes respiratoires, à des mécanismes compatibles avec la cancérogenèse et à des effets possibles sur le développement fœtal. L’absence de combustion n’exclut pas la présence de substances toxiques, ce qui justifie d’éviter toute banalisation de ces produits, en particulier auprès des non-fumeurs et des jeunes. Le Comité national contre le tabagisme (CNCT) appelle à mieux renforcer les dispositions afin de prévenir l’entrée des mineurs dans cette dépendance nicotinique.
Une réduction du risque par rapport au tabac, mais pas une absence de danger
Les travaux conduits par l’ANSES confirment une exposition réduite en cas de vapotage aux substances toxiques et cancérogènes par rapport à celle des produits du tabac. À ce titre, le vapotage apparaît globalement associé à des niveaux de risques inférieurs à ceux du tabagisme combustible, dont la nocivité est largement établie.
Pour autant, cette diminution relative ne saurait être assimilée à une innocuité. Les aérosols générés par les dispositifs de vapotage contiennent toujours des composés irritants et toxiques, notamment des aldéhydes issus de la dégradation thermique des e-liquides, susceptibles d’entraîner des effets cardiovasculaires et respiratoires. L’agence souligne par ailleurs que le recul scientifique demeure insuffisant pour apprécier les conséquences d’une exposition chronique sur plusieurs décennies, en particulier s’agissant des risques de maladies chroniques et de cancers.
Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que l’usage s’installe durablement : en 2023, en France, 8,3 % des adultes déclarent vapoter et 6,1 % le font quotidiennement, 61 % des vapoteurs sont des « vapofumeurs », combinant cigarette électronique et tabac, et 59 % utilisent la cigarette électronique depuis deux ans ou plus, signe d’une pratique qui s’inscrit dans le temps et d’une dépendance. Ces trajectoires mixtes et prolongées limitent voire suppriment en cas de vapo-fumage les bénéfices attendus en matière de santé publique. Les cigarettes électroniques apparaissent même dans ce cas comme un frein à l’arrêt complet du tabac grâce aux traitements validés et pris en charge.
D’une manière générale, les auteurs soulignent que le vapotage ne peut être considéré comme un produit de consommation courante sans danger et doit relever exclusivement d’une démarche de sevrage tabagique encadrée, réservée aux fumeurs en difficulté d’arrêt avec les autres traitements, à l’exclusion de toute initiation chez les non-fumeurs et les jeunes. L’agence rappelle qu’il peut constituer une aide transitoire, à condition d’un usage temporaire, sans consommation de tabac, et accompagné. Elle souligne à cet égard la nécessité de renforcer l’information et la formation des professionnels de santé.
Jeunes publics : une priorité de prévention et de réglementation
L’expertise met en évidence une diffusion croissante du vapotage chez les adolescents, portée par l’attractivité des arômes, des usages sociaux et une perception erronée d’innocuité. Cette banalisation favorise l’expérimentation puis l’usage régulier de produits contenant de la nicotine, avec un risque d’installation précoce d’une dépendance. Les données récentes soulignent par ailleurs un phénomène préoccupant d’initiation : près d’un tiers des adolescents vapoteurs âgés de 13 à 17 ans (32 %) déclarent n’avoir jamais fumé auparavant en 2023, ce qui confirme que le vapotage ne constitue plus seulement un outil de substitution au tabac, mais un point d’entrée autonome dans la consommation de nicotine.
Dans ce contexte, l’ANSES recommande d’éviter toute incitation à l’usage chez les non-fumeurs, en particulier les jeunes, et appelle à renforcer l’encadrement des produits du vapotage : contrôle accru de la composition des e-liquides et des émissions, meilleure caractérisation des expositions, surveillance continue des effets sanitaires et restrictions, voire interdictions, des ingrédients présentant un risque. Elle rappelle que ces dispositifs ne doivent ni être banalisés ni présentés comme des produits récréatifs.
Le CNCT soutient pleinement ces orientations et appelle à un durcissement rapide du cadre réglementaire afin de réduire l’attractivité de ces produits, d’en restreindre l’accès et d’en prévenir toute banalisation auprès des jeunes. L’association présentera dans les prochaines semaines de nouvelles propositions structurantes pour renforcer significativement la protection des plus jeunes face au vapotage et l’efficacité des politiques publiques.