Communiqués de presse

Accueil > Communiqués de presse > Marchés parallèles du tabac : l’industrie du tabac persiste dans la désinformation

Marchés parallèles du tabac : l’industrie du tabac persiste dans la désinformation

Paris, le 11 juin 2025 – Selon KPMG, près d’un paquet de tabac sur deux serait acheté en dehors du réseau des buralistes en France. Bien que disqualifié depuis plusieurs années par la communauté scientifique pour son manque de rigueur et ses biais méthodologiques, le rapport bénéficie encore aujourd’hui d’une large couverture médiatique, et d’une oreille attentive de la part de certains décideurs politiques.  

Un discours alarmiste et inflationniste peu crédible 

Selon KPMG, la France est le pays d’Europe où l’on consomme le plus de tabac issu du commerce illicite. En effet, le cabinet estime que la seule consommation illicite de tabac en France a représenté 18,75 milliards de cigarettes en 2024. A titre de comparaison, un tel volume de tabac correspondrait à la consommation intérieure légale du Royaume-Uni et de la Norvège réunis. De tels niveaux de commerce illicite devraient s’accompagner mécaniquement d’un changement rapide des comportements d’achat des fumeurs. Or, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (2022), les lieux d’approvisionnement des fumeurs sont stables depuis au moins 2014 : 80% des fumeurs indiquent avoir acheté leur dernier paquet dans un bureau de tabac. Les achats de rue, illégaux, persistent à des niveaux marginaux (moins de 1%).  

Des chiffres sans rapport avec les évaluations publiques 

Surtout, les chiffres présentés par KPMG sont sans rapport avec les études indépendantes menées sur le sujet.  En effet, les estimations réalisées par des organismes publics (OFDT, INSEE, Assemblée nationale) estiment la part des achats hors-réseau entre 10% et 20% de la consommation nationale. Deux études de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) devraient prochainement paraître : l’une consacrée à l’évaluation du « tabac échappant à la fiscalité nationale » (Christian Ben Lakhdar), l’autre consacrée à la contrebande dans la rue (Louis Braverman).  

Un outil de désinformation et de lobbying 

La surestimation de l’ampleur des marchés parallèles par les fabricants de tabac vise à un objectif précis : dissuader les pouvoirs publics de mettre en place des mesures de lutte contre le tabagisme, accusées de favoriser le développement d’un marché noir. Ce discours alarmiste et inflationniste est systématiquement mobilisé par les fabricants de tabac dès lors qu’une mesure est susceptible de menacer la profitabilité de leur activité, qu’il s’agisse du paquet neutre, de l’interdiction du menthol, ou de la mise en place de hausses de taxes. Cette année, l’industrie du tabac semble instrumentaliser les marchés parallèles à deux fins. D’une part, contester la politique fiscale menée par la France, comme l’indique Daniel Bruquel, chef du service prévention du commerce illicite chez Philip Morris France, dans Le Figaro : « la pression fiscale n’a pas produit les effets attendus, car les trafiquants ont pris le relais ». D’autre part, obtenir une réglementation favorable pour les nouveaux produits, et particulièrement pour les sachets de nicotine. Ainsi, pour Stéphanie Martel, directrice des affaires externes et gouvernementales chez Philip Morris, « les interdictions créent des marchés clandestins et privent les fumeurs de produits moins nocifs ». La responsable communication avance par ailleurs que « réglementer ces produits permettrait […] de fixer un taux de nicotine maximal ou d’interdire leur vente aux mineurs ». En réalité, comme l’a indiqué le CNCT il y a plusieurs mois, la commercialisation des sachets de nicotine en France est de fait illégale.  

L’implication de l’industrie du tabac dans les marchés parallèles 

Cette opération de communication de la part de l’industrie de tabac vise par ailleurs à faire oublier l’implication et la responsabilité des fabricants dans les marchés parallèles, légaux comme illégaux, notamment via des stratégies de surapprovisionnement de certains marchés.  En effet, les propres données de KPMG permettent d’établir que 4,34 milliards d’unités de tabac ont été légalement vendues au Luxembourg en 2023. Autrement dit, si l’ensemble des cigarettes vendues dans le duché était uniquement destiné au marché intérieur (645 000 habitants) la totalité des Luxembourgeois devraient consommer plus de 18 cigarettes par jour (enfants et non-fumeurs compris). Le Protocole de l’OMS pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac, ratifié par la France et par l’Union européenne, prévoit la mise en place d’un système de suivi et de traçabilité des produits du tabac, pleinement indépendant des fabricants de tabac. A ce jour, cette exigence n’est toutefois pas respectée par la directive européenne sur les produits du tabac. Conformément au Protocole, le CNCT soutient par ailleurs la mise en place de quotas d’approvisionnement par pays, correspondant à leur consommation intérieure, afin de limiter l’alimentation des marchés parallèles par l’industrie du tabac.  

Pour Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme, « le rapport KPMG est un outil de lobbying et de désinformation au service des intérêts commerciaux de l’industrie du tabac, et devrait être considéré comme tel par les décideurs politiques et les journalistes ».

Contact de presse

François TOPART
Responsable plaidoyer
francois.topart@cnct.fr 06 33 35 14 44

A propos du CNCT

Le Comité National Contre le Tabagisme est la première association qui s’engage et agit pour la prévention et la protection des personnes face aux méfaits du tabac et aux pratiques de son industrie. En France, le tabagisme reste la première cause de mortalité prématurée et évitable. Pour lutter contre ce fléau, le CNCT mène à la fois des actions de prévention afin de sensibiliser sur ces dangers et des actions de plaidoyer pour faire adopter des mesures de protection efficaces.

A lire également: