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Marchés parallèles du tabac : les chiffres officiels sont publiés

Paris, le 22 octobre 2025 – La recherche visant à estimer la part du tabac consommé en France échappant à la fiscalité nationale (TAFE) a rendu ses conclusions aujourd’hui. Cette étude, financée par la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), s’inscrit dans l’objectif du Programme national de lutte contre le tabac (2023-2027) de mettre en place des outils de mesure et de surveillance régulière et indépendante du marché illicite du tabac. Les auteurs de l’étude font état d’un marché parallèle compris entre 11 et 20 % de la consommation nationale, principalement composé des achats transfrontaliers, loin des « scénarios alarmistes » des études financées par l’industrie du tabac.

Une première estimation permise par l’analyse des livraisons de tabac en France

Les auteurs de l’étude pointent une évolution différenciée des volumes de tabac livrés aux buralistes sur la période étudiée (2016-2023) entre les départements frontaliers et non frontaliers. Ainsi, alors que les départements non frontaliers ont enregistré une baisse des volumes de tabac livrés de 25 %, les baisses observées dans les territoires limitrophes de pays où le tabac est moins cher sont plus marquées (>45 %). Un constat similaire peut être formulé concernant les livraisons de tabac en valeur : les départements frontaliers ont enregistré une baisse de 13% entre 2016 et 2023, tandis que les territoires non frontaliers ont bénéficié d’une hausse supérieure à 27 %. Ainsi, dans les départements non limitrophes, la baisse des livraisons en volume est compensée par l’augmentation des prix du tabac.

Si l’ensemble des départements français avaient connu la même évolution que la Vendée (territoire où les livraisons de tabac ont le moins diminué), les livraisons nationales de tabac auraient été supérieures de 7 000 tonnes. À l’inverse, les livraisons nationales auraient été inférieures de 12 000 tonnes si chaque département français avait enregistré la même dynamique que la Moselle. Selon les auteurs, cette méthodologie permet d’estimer les achats hors-réseau entre 11 et 16 % des volumes livrés en France, soit entre 1,5 et 3,9 milliards d’euros de manque à gagner fiscal.

Des marchés parallèles évalués à 17,7 % de la consommation nationale

Une autre méthodologie mobilisée par les chercheurs pour estimer les niveaux de marchés parallèles consiste à évaluer le Tax gap, c’est-à-dire la différence entre les volumes de tabac livrés et ceux effectivement consommés, selon les déclarations des fumeurs. Ainsi, si les volumes de tabac officiellement livrés s’élèvent à 1000 tonnes, et que les déclarations des fumeurs permettent d’évaluer la consommation à 1200 tonnes, il est possible d’estimer les achats hors-réseau à 200 tonnes.

Selon cette approche, les chercheurs évaluent le Tax gap entre 5 267 et 10 895 tonnes de tabac, soit 12,3 à 22,4 % de la consommation nationale (17,7% en moyenne). Les achats hors-réseau représenteraient ainsi un manque à gagner fiscal annuel compris entre 2,8 et 5,8 milliards d’euros. Là encore, les chercheurs pointent de forts écarts entre les territoires, puisque dix départements Français frontaliers cumulent à eux seuls plus de 60% du Tax gap total (Nord, Moselle, Pas-de-Calais, etc.).

Sur la base de ce calcul, et au regard des précédentes enquêtes de comportements d’achats des Français en matière de tabac, il est possible de fournir une estimation des volumes de consommation selon le lieu d’achat :

  • Les achats chez les buralistes représenteraient 36 237 tonnes (79,2 % des Français déclarent acheter leur tabac chez un buraliste).
  • Les achats transfrontaliers seraient de l’ordre de 6 863 tonnes (15 % déclarent l’acheter dans un pays limitrophe).
  • Les achats à l’étranger hors pays transfrontaliers seraient de l’ordre de 275 tonnes (0,6 % des Français déclarent l’acheter dans un autre pays).
  • Les achats en duty-free seraient de l’ordre de 777 tonnes (1,7 % des Français déclarent l’acheter en duty-free).
  • Les achats de rue seraient de l’ordre de 366 tonnes (0,8 % des Français déclarent l’acheter dans la rue).
  • Les achats « autres » seraient de l’ordre de 1236 tonnes (2,7%).

Marchés parallèles du tabac : quel est le profil des acheteurs ?

S’appuyant sur une enquête menée auprès d’un échantillon de fumeurs réalisant au moins une partie de leurs achats en dehors du réseau de buralistes, l’étude permet de confirmer les conclusions du Baromètre de Santé publique France sur le profil de ces acheteurs. Ainsi, les répondants sont plutôt issus de catégories sociales favorisées, avec une dépendance tabagique modérée à forte. Près de deux tiers d’entre eux (62 %) indiquent avoir acheté du tabac lors des 30 derniers jours, souvent à l’étranger, mais également dans des commerces, auprès des proches ou sur Internet. Si l’argument tarifaire est le plus souvent évoqué (74 % des répondants), d’autres évoquent d’autres motivations : voyages fréquents (35 %), horaires des buralistes peu pratiques (18 %), etc.

Le point de vue du CNCT

Cette étude, attendue depuis longtemps par l’ensemble des acteurs de santé publique, est utile à de nombreux égards. D’abord, elle permet une connaissance plus fine des achats hors-réseau en France, qu’il s’agisse de la part des marchés parallèles dans la consommation nationale que du profil des acheteurs. Ces résultats, fruits d’une méthodologie rigoureuse et transparente, sont essentiels à la meilleure compréhension des marchés parallèles et à la mise en place de politiques publiques efficaces. Par ailleurs, cette étude bat en brèche la désinformation massive de l’industrie en France, cherchant depuis plusieurs années à imposer un discours catastrophiste sur une supposée « explosion » des marchés parallèles, et particulièrement du commerce illicite. En effet, dans son dernier rapport financé par Philip Morris, le cabinet KPMG évaluait les marchés parallèles à 49% de la consommation nationale.

Pour le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme, « la recherche indépendante permet aujourd’hui de confirmer la relative stabilité des marchés parallèles dans la consommation en France, en dépit des politiques de lutte contre le tabagisme entreprises ces dernières années, à commencer par les hausses de taxes. Il est à espérer que ces chiffres officiels mettront un coup d’arrêt à l’influence de l’industrie du tabac dans le débat public. Il est par ailleurs nécessaire de rappeler que les fabricants de tabac participent eux-mêmes à alimenter les marchés parallèles, par leur stratégie de surapprovisionnement des régions limitrophes à laquelle il est temps de mettre un terme ».

Contact de presse

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A propos du CNCT

Le Comité National Contre le Tabagisme est la première association qui s’engage et agit pour la prévention et la protection des personnes face aux méfaits du tabac et aux pratiques de son industrie. En France, le tabagisme reste la première cause de mortalité prématurée et évitable. Pour lutter contre ce fléau, le CNCT mène à la fois des actions de prévention afin de sensibiliser sur ces dangers et des actions de plaidoyer pour faire adopter des mesures de protection efficaces.

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