Le CNCT salue la proposition de l’Assurance Maladie d’instaurer une génération sans tabac
Paris, le 6 juillet 2026 – En proposant, dans son rapport Charges et Produits pour 2027, d’interdire la vente de tabac à toute personne née après le 1ᵉʳ janvier 2009, l’Assurance Maladie vient de donner un poids institutionnel décisif à une mesure que le CNCT soutient. Une prise de position d’autant plus notable qu’elle est désormais partagée, à titre personnel, par la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Pour le CNCT, la trajectoire est claire : la génération sans tabac n’est plus un horizon lointain, c’est une échéance politique qui se rapproche.
Une mesure enfin portée au plus haut niveau institutionnel
Dans son rapport publié le 2 juillet, l’Assurance Maladie rappelle que la prévalence du tabagisme reste, en France, à un niveau encore trop élevé, et détaille le poids sanitaire considérable qui en découle.
L’épidémie tabagique pèse très fortement sur le système de santé qui est non seulement à bout de souffle mais est confronté à un problème de financement majeur. Dans cette perspective, il est essentiel que les politiques de prévention permettant de réduire dès le court terme les charges pour l’assurance maladie soient particulièrement déployées. C’est notamment le cas des mesures de lutte contre le tabagisme qui sont démontrées comme particulièrement coût/efficaces.
Dans cette perspective sanitaire et médico-économique, l’Assurance Maladie apporte son soutien explicite à la proposition de loi « Pour une génération sans tabac », déposée à l’Assemblée nationale en novembre 2025 par le député Nicolas Thierry et cosignée par 40 parlementaires de tous bords, dont l’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder. Un texte resté sans débat parlementaire depuis plus de sept mois, malgré son caractère transpartisan.
Le CNCT salue cette convergence. Que le principal financeur de notre système de santé, la ministre de la Santé et une majorité de sensibilités politiques s’accordent aujourd’hui sur le bien-fondé d’une interdiction générationnelle du tabac est un signal politique fort. La question n’est plus de savoir si la France doit s’engager dans cette voie, mais quand le Parlement se saisira de ce texte.
Une dynamique qui s’appuie sur des résultats déjà tangibles
Cette décision est également rendue possible par l’évolution à la baisse du tabac consécutive aux politiques publiques menées ces dernières années en France. Le tabagisme des adultes demeure élevé mais il a diminué comme le soulignent les données du Baromètre de Santé publique France : la part des fumeurs quotidiens parmi les 18-75 ans est passée de 28,6 % en 2014 à 18,2 % en 2024, soit 4 millions de fumeurs quotidiens en moins en dix ans. Surtout, la prévalence des jeunes a fortement diminué. Ce basculement politique est ainsi la conséquence directe de la forte baisse du tabagisme quotidien des plus jeunes, preuve que les politiques de prévention et de renchérissement du prix du tabac menées jusqu’ici ont porté leurs fruits.
La France peut et doit être motrice, en France comme en Europe
Le Royaume-Uni a ouvert la voie en avril 2026 en adoptant une législation interdisant la vente de produits du tabac aux personnes nées après le 1ᵉʳ janvier 2009, devenant le deuxième pays au monde à adopter une telle mesure après les Maldives. Si la France emboîte le pas, elle rejoindrait un mouvement qui se développe dans les différentes régions du monde. Cette mesure ne peut cependant être dissociée d’un arsenal de dispositions contribuant précisément à préparer cette interdiction générationnelle.
Le CNCT appelle ainsi le gouvernement à saisir cette occasion pour porter une ambition claire, y compris dans les discussions européennes à venir sur l’encadrement du tabac, où la France a vocation à peser de tout son poids. En attendant que cette mesure devienne réalité, il est indispensable de poursuivre et d’intensifier les efforts déjà engagés : dénormaliser encore davantage le tabagisme dans l’espace public et dans l’imaginaire collectif, et continuer à faire reculer la prévalence tabagique, pour que cette génération sans tabac ne soit pas seulement une promesse sur le papier, mais une réalité déjà largement amorcée le jour où la loi entrera en vigueur.
Le CNCT alerte aussi sur l’enjeu de préparer l’adoption et la mise en œuvre de cette mesure en veillant à protéger les politiques publiques de l’interférence de l’industrie du tabac. L’expérience du Royaume Uni souligne qu’en dépit d’un lobby massif pour contrer cette mesure, cette dernière a pu être adoptée. Il conviendra donc d’être particulièrement vigilant si la France veut aboutir dans cette démarche et savoir résister au lobby des fabricants et buralistes et à leur désinformation.
Emmanuelle Béguinot, directrice du CNCT, déclare :
« Depuis des décennies, l’industrie du tabac et une partie des buralistes utilisent les mêmes ficelles : agiter le chiffon rouge de la contrebande, financer des relais complaisants, gagner du temps pour continuer à vendre un produit qui tue prématurément 68 000 personnes chaque année en France. Ce lobby n’a qu’un objectif, faire du profit, en recrutant de nouveaux consommateurs parmi les plus jeunes, et il ne manquera pas de peser de tout son poids pour vider ce texte de sa substance. Cette fois, l’Assurance Maladie, la ministre de la Santé et une majorité transpartisane à l’Assemblée sont alignées : nous appelons le gouvernement à s’appuyer sur ce consensus inédit et à donner au Parlement les moyens d’inscrire enfin ce texte à l’ordre du jour. »