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Le cinéma français vend du temps de cerveau disponible à l'industrie du tabac

Olivier Bouthillier est le PDG de l’agence Marques et Films, agence de placements de produits. Il a notamment travaillé pour le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Interrogé par les équipes de Culture Pub pour savoir s’il y avait un accord entre le fabricant de tabac et l’agence, celui-ci a affirmé : « Non absolument, aucun accord ».

Pour voir « La pub pour le tabac au cinéma » de Culture Pub

Pourtant, dans une enquête d’investigation réalisée par Paul Moreira, relayée sur le site des Inrocks et intitulée « Le cinéma français vend du temps de cerveau disponible à l’industrie du tabac », on y apprend que le film a bien été financé par Altadis (aujourd’hui Imperial Tobacco) pour l’apparition de la marque Gauloises. Extraits :

« Alors que Mathieu Kassovitz fouine sous un photomaton, un sac bleu avec un casque ailé est posé à ses côtés, bien en évidence. Dans sa course effrénée après Amélie, Kassovitz trimbale cette réclame qui ne figurait pas dans le story board initial. Ensuite, on retrouve les Gauloises chez un buraliste, dans un bar sur un cendrier… Bref, du sponsoring en règle. Encore une fois, un technicien de plateau confirme. Interrogé, le réalisateur et co-scénariste Jean-Pierre Jeunet semble le découvrir.

(…) Paul Moreira ajoute que Jeunet lui a “juste renvoyé un mot confirmant qu’il y avait effectivement eu placement Gauloises blondes. Jeunet m’a dit : “je rêve”.”

“Il était emmerdé parce qu’il est assez anti-tabac lui, estime Moreira. Encore placer du Pierrot Gourmand dans du Amélie Poulain, je trouve ça légitime. Ca correspond à l’ambiance du film. Dès que tu mets des saloperies comme du fast-food ou du tabac, je trouve ça dégueulasse.” »

D’autres films sont cités dans l’article comme Quartier VIP, film réunissant Johnny Hallyday, Pascal Légitimus, Valéria Bruni-Tedeschi et François Berléand. Extraits.

« Dans le film Quartier V.I.P., sorti en 2005, Johnny Hallyday incarne un maton. Dans une scène anodine, il débarque dans un bureau de tabac.

– “Bonjour, dit poliment Johnny.
– Bonjour, Gauloises blondes comme d’hab ?”, lui rétorque la buraliste.

Un membre de l’équipe de tournage le confie aux enquêteurs : “Ca c’était du placement de produit, car le film, ils avaient eu du mal à le financer. C’est la prod’ qui a embauché une société pour rechercher des contrats pub’ avec des marques.” Une employée de cette société de démarchage confirme, c’est bien la Seita (Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes, ancienne entreprise d’Etat appartenant désormais à Altadis, filiale du groupe Imperial Tobacco, ndlr) qui a payé. Le scénario s’en est trouvé modifié pour avoir “des scènes susceptibles de convenir au fabricant“, ajoute la publicitaire. » [4]

Extrait du documentaire « Nos gosses sous intox » de CanalPlus
 

Pourtant, il est tout à fait possible de mettre un terme à ces pratiques qui s’apparent bien à une forme de manipulation.

 

Dans le cinéma américain, un recul du tabagisme a été noté depuis une dizaine d’années, suite à une politique des studios visant à réduire le tabagisme dans leurs productions [5]. Les studios Disney, Pixar, Marvel et Lucas ont annoncé, en mars 2015, mettre fin au tabac dans tous leurs prochains films [6]. 

 
 
 
 
 

[4] LesInrocks.com, Le cinéma français vend du temps de cerveau disponible à l’industrie du tabac, 15 avril 2013, http://www.lesinrocks.com/2013/04/15/actualite/le-cinema-francais-vend-du-temps-de-cerveau-disponible-au-tabac-11385497/
[5] LeMonde.fr, Etats-Unis : tabac interdit dans les films, http://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/05/13/etats-unis-tabac-interdit-dans-les-films_909325_3476.html#gf00GJRUzUmZwzV8.99
[6] http://cinema.jeuxactu.com/news-cinema-disney-etend-l-interdiction-de-fumer-aux-films-marvel-25475.htm 
 
Crédits photo : http://www.flickr.com/photos/27109382@N05/3819261090/