Protéger les jeunes
Sommaire du dossier
- Le tabagisme chez les jeunes en France
- Des mesures efficaces pour prévenir le tabagisme des jeunes
- Programme de prévention ASSIST
- Génération sans tabac
- Interdiction de vente aux mineurs
Des mesures efficaces pour prévenir le tabagisme des jeunes
Selon l’expression de David Kessler, ancien directeur de la Food and Drug Administration aux États-Unis, le tabagisme est une « épidémie pédiatrique ».
On constate en effet que la très grande majorité des fumeurs à long terme commence à fumer à l’adolescence ; cette réalité est vérifiée quel que soit le pays concerné.
Bien qu’en 10 ans, le nombre de fumeurs quotidiens de 18 à 75 ans ait diminué de 4 millions, la France reste touchée par le problème du tabagisme des jeunes.
En 2024, 20 % des Français de 16 ans déclarent avoir déjà fumé une cigarette au cours de leur vie, contre 32 % en moyenne au niveau européen. La plus forte baisse observée est celle du tabagisme quotidien des Français de 16 ans, à 3,1 % en 2024 contre 16 % en 2015. La France figure ainsi parmi une dizaine de pays européens où la prévalence est inférieure à 5 % à cet âge.
Par ailleurs, l’âge de la première cigarette se situe autour de 14,5 ans, qui aboutit à une moyenne de 18 % de fumeurs quotidiens parmi les 18-29 ans en 2024.
Le tabac demeure malgré ces progrès la première drogue consommée par les jeunes devant le cannabis et certaines drogues illicites (cocaïne, amphétamines, ecstasy…), et s’ajoute le fait que ces derniers peuvent toujours être exposés au tabagisme passif dans certains espaces, notamment les terrasses de café, l’habitat privé et les balcons/jardins privatifs.
De plus, la baisse de la prévalence tabagique des jeunes demeure menacée par une forte expansion du marché des nouveaux produits nicotiniques, comme les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine et le tabac chauffé, qui entraînent les jeunes dans une dépendance précoce et durable à la nicotine. Selon les données 2022 de l’OFDT, parmi les Français de 17 ans, 57 % avaient déjà expérimenté la cigarette électronique et 6,2 % vapotaient quotidiennement.
Les fabricants de tabac ciblent directement les jeunes
Ce qui distingue le tabagisme d’autres problématiques de santé publique, c’est qu’il renvoie à ce qu’on appelle une véritable épidémie industrielle. La question du développement de la consommation de tabac, en particulier des jeunes, ne peut se comprendre sans prendre en compte l’activité déployée par l’industrie qui cherche par tous les moyens à vendre ses produits. L’ancienne directrice Générale de l’Organisation mondiale de la Santé, mentionnait ainsi en 2000 :
“La consommation de tabac ne ressemble pas à d’autres menaces sur la santé mondiale. Les maladies infectieuses n’emploient pas des sociétés multinationales de relations publiques. Il n’existe pas de groupes de façade pour promouvoir la propagation du choléra. Les moustiques n’ont pas de lobbyistes à leur service”. Et elle ajoutait que “Le tabac est une maladie contagieuse. La contamination passe par la publicité et le parrainage”.*
Lever le voile sur les stratégies des cigarettiers
Le CNCT contribue à mettre à jour le véritable visage des fabricants de tabac
Le CNCT s’efforce de faire connaître les stratégies des industriels du tabac pour attirer les enfants et de les contrer. Le CNCT a tout particulièrement contribué à révéler leurs pratiques aux antipodes de leurs déclarations officielles en rendant publics leurs documents internes.
Contrairement à ce qu’affirment les fabricants de tabac, qui prétendent s’adresser uniquement aux adultes, voire soutenir des initiatives en matière de prévention du tabagisme des jeunes, leurs documents internes indiquent que ce positionnement est uniquement une tactique pour demeurer des interlocuteurs respectables et empêcher l’adoption de mesures efficaces portant atteinte à leurs intérêts financiers.
Dans cette perspective, les fabricants vont même jusqu’à financer des programmes de prévention du tabagisme qu’ils conçoivent de telle sorte qu’ils n’aient au mieux aucun impact, au pire qu’ils s’avèrent contreproductifs. L’objectif est, selon leurs propres termes, de :
1) Réduire les lois proposées et adoptées restreignant ou interdisant nos activités de vente et de marketing ;
2) Faire voter des lois en faveur de l’industrie ;
3) Avoir un meilleur appui de la part des entreprises, des parents et des groupes d’enseignants.»
D’une manière générale, le CNCT demande qu’une transparence beaucoup plus grande soit exigée de la part des pouvoirs publics à l’égard des fabricants de tabac, afin que ces derniers communiquent leurs données sur l’ensemble des résultats de leurs recherches et études, leurs stratégies de marketing et de développement de leurs ventes, les sommes dépensées en actions de lobbying, etc.
Au travers d’un plus grand contrôle des activités des fabricants de tabac et en se préservant de leur ingérence dans le choix des politiques de contrôle du tabac, comme la France s’y est du reste engagée, la prévention du tabagisme pourra grandement progresser.
En effet, indépendamment des mesures d’éducation à la santé, les mesures efficaces de prévention globale du tabagisme, et en particulier du tabagisme des jeunes, sont bien connues. Elles sont reprises dans le traité international de l’OMS : la Convention-cadre de Lutte antitabac. Elles renvoient le plus souvent à des mesures d’ordre général, qui s’appliquent à l’ensemble de la population et dont la pertinence est encore amplifiée pour les plus jeunes.
Préserver les jeunes de toute promotion des produits du tabac
Le CNCT s’engage au quotidien pour préserver les jeunes de toute incitation à fumer et consommer des produits de la nicotine et casser l’image valorisante véhiculée par les univers publicitaires des marques de produits du tabac et de la nicotine
L’industrie du tabac et de la nicotine produit un marketing de masse qui essaye sans cesse de maintenir les consommateurs dépendants et de capter de nouvelles clientèles. Ainsi, si les industriels tirent toujours profit du tabac classique dans le monde, ceux-ci tentent d’anticiper la baisse mondiale du tabagisme en développant un marché des nouveaux produits nicotiniques (cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine…), déployant un marketing qui cible spécialement les jeunes, potentielle clientèle de demain.
La publicité, les promotions et le parrainage jouent un rôle essentiel dans l’incitation à commencer à fumer, à accroître sa consommation, à passer d’une consommation occasionnelle à une consommation régulière, à dissuader d’arrêter et enfin à inciter à reprendre pour les fumeurs qui auraient arrêté de fumer.
A contrario, on a pu mesurer que la disparition de la publicité contribue à réduire la consommation de tabac, notamment celle des jeunes et contribue à casser l’image positive associée au produit.
Le CNCT a fortement plaidé pour la mise en œuvre d’une mesure d’interdiction complète de toute publicité en faveur des produits du tabac, sachant que des interdictions partielles sont inefficaces car les fabricants transfèrent leurs investissements publicitaires vers d’autres supports.
L’association veille attentivement à ce que les opérations promotionnelles et publicitaires de ces fabricants, totalement illicites, soient poursuivies et sévèrement sanctionnées. Le CNCT est ainsi à l’origine de l’ensemble des avancées de la jurisprudence protectrice dans ce domaine.
Enfin, au regard des pratiques permanentes de contournement des fabricants et de leurs violations réitérées en dépit des condamnations définitives prononcées chaque année à leur encontre, l’association milite pour l’adoption de nouvelles dispositions, dont l’efficacité a été avérée et qui sont fondées sur les meilleures pratiques d’autres pays.
Ces mesures portent en particulier sur :
– L’obligation de vente sous le comptoir ou dans des tiroirs comparables à ceux des médicaments. Les étals sont, en tant que tels, un moyen pour attirer en particulier les plus jeunes par la présentation de paquets extrêmement séduisants, colorés et qui font de plus en plus l’objet de collections parmi les adolescents,
– La préservation à l’égard des placements de produits publicitaires particulièrement présents dans les films et jeux vidéos, très prisés par ce public,
– La réglementation stricte des activités des entreprises du tabac dans leurs promotions d’ « entreprises socialement responsables ».
Selon l’OMS, « la responsabilité sociale des entreprises dans l’industrie du tabac est une antinomie en soi car les fonctions fondamentales de l’industrie sont en contradiction avec les buts visés par les politiques de santé publique concernant la lutte contre le tabagisme ».
– La réglementation stricte des nouveaux produits de la nicotine (vapotage, tabac chauffé, sachets de nicotine…), et notamment l’interdiction de leur vente en ligne, de leur promotion sur les réseaux sociaux, l’interdiction des arômes sauf le tabac, ou encore la réglementation de la 6-méthyl-nicotine (aussi appelée 6-mn ou métatine), une molécule de synthèse de la nicotine, au même titre que les autres produits nicotiniques.
Dissuader les jeunes de commencer à fumer
Une politique fiscale dynamique constitue le moyen le plus efficace pour dissuader les jeunes de commencer à fumer
Augmenter régulièrement les taxes sur l’ensemble des produits permet d’avoir des prix dissuasifs. En effet, une augmentation des prix de 10 % induit une diminution des ventes de 4 % en moyenne dans les pays développés et jusqu’à 8 % dans les pays à faibles revenus.
Cette baisse est plus sensible encore pour les jeunes : dans un pays comme la France, une hausse de 10 % induit une baisse de la consommation des jeunes de l’ordre de 8 %.
Des prix élevés sont par ailleurs associés à une réduction du nombre de jeunes commençant à fumer.
Le CNCT soutient une politique fiscale dynamique. Il rappelle cependant que cette politique fiscale est pleinement efficace si :
- Les hausses sont suffisamment massives : des augmentations de 5-6 % ne font qu’accroître les marges bénéficiaires des fabricants sans réduire la consommation,
- Elles sont répétitives, sinon, leur effet s’estompe dans le temps,
- Elles concernent tous les produits du tabac afin d’éviter un transfert de consommation vers des produits moins chers que les cigarettes, comme le tabac à rouler, la chicha… tout aussi toxiques. Cela suppose donc d’aligner la structure de la fiscalité des autres produits du tabac sur celle des cigarettes manufacturées les plus chères. Une partie des recettes fiscales est affectée directement à la prévention du tabagisme et à l’aide à l’arrêt des fumeurs.
Le CNCT agit pour protéger les jeunes de l’exposition au tabagisme passif
L’exposition au tabagisme passif des enfants et adolescents est particulièrement importante. Or les risques à leur égard sont d’autant plus graves que leurs capacités pulmonaires ne sont pas encore matures et qu’ils sont très sensibles aux toxiques de la fumée de tabac.
Le CNCT a soutenu et fortement contribué à l’instauration de la protection de tous à l’égard du tabagisme passif au travers de la mesure d’interdiction de fumer dans l’ensemble des lieux de travail et d’accueil du public. En effet, cette mesure qui protège dorénavant les enfants dans les établissements scolaires, d’enseignement et de formation, induit des changements de comportement chez les fumeurs, y compris à leur domicile, où ils exposent moins leur entourage.
Par ailleurs, l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif contribue grandement à modifier la norme qui n’est plus celle de fumer partout. Les jeunes peuvent aujourd’hui sortir en discothèque, dans un café et profiter pleinement de ces lieux de convivialité libérés de la fumée de tabac.
La mesure d’interdiction de fumer fait partie du processus qualifié de « dénormalisation » de la consommation de tabac.
Communiquer et prévenir
Faut-il une communication ciblée pour les jeunes ?
Oui et non.
Nombre de campagnes qui s’adressent à l’ensemble de la population sont très efficaces aussi parmi les jeunes.
Il est possible cependant de développer certaines thématiques auxquelles ces derniers sont plus réceptifs.
Le CNCT milite pour le développement de messages de prévention axés non seulement sur les risques pour la santé mais également sur d’autres problématiques susceptibles de toucher davantage les jeunes comme :
- le coût économique du tabac ;
- l’impact sur l’environnement ;
- les manipulations dont ils font l’objet de la part de l’industrie du tabac pour les attirer et les rendre addicts aux produits ;
- l’incidence sur leur physique, leur sexualité et leur intégration sociale.
Ces messages de prévention peuvent être diffusés dans le cadre de campagnes grand public et également directement sur les paquets des produits du tabac, vus non seulement par les fumeurs mais aussi par les non-fumeurs.
Le CNCT demande l’application effective de mesures spécifiques pour la prévention des jeunes
Un certain nombre de mesures complémentaires, plus ciblées sur les jeunes, ont également été préconisées, notamment l’interdiction effective de vente de produits du tabac et de vapotage aux mineurs.
Cette mesure, en tant que telle, a une efficacité si le taux d’application est supérieur à 90 % ce qui, malheureusement, n’est pas le cas puisque l’enquête Audirep 2025 montre que seuls 66 à 69 % des buralistes refusent une vente à un mineur.
De plus, cette mesure doit impérativement être associée à l’ensemble des autres dispositions générales précédemment développées.