Paris, le 9 juin 2023 – Lorsque l’on évoque les grandes campagnes de désinformation des dernières décennies, les stratégies de l’industrie du tabac figurent parmi l’un des cas d’école les plus emblématiques. Aujourd’hui encore, ces pratiques demeurent monnaie courante : chaque année, le cabinet de conseil KPMG publie un rapport intégralement financé par Philip Morris, évaluant l’ampleur des marchés parallèles dans l’Union européenne. Ce rapport, bien que régulièrement pointé du doigt pour ses biais et opacités méthodologiques, bénéficie tous les ans d’une importante couverture médiatique. En conséquence, les chiffres avancés par KPMG font encore autorité dans le débat public, en dépit de leur invalidité scientifique. La surestimation volontaire des niveaux de commerce illicite vise à un objectif précis : disqualifier les politiques de lutte contre le tabagisme, et notamment les politiques fiscales sur le tabac, dont l’efficacité en santé publique est soulignée par la littérature scientifique. Dans le même temps, l’implication de l’industrie du tabac dans l’organisation et la facilitation du commerce illicite de ses produits est solidement documentée.
À cet égard, la publication en juin du rapport n’est pas anodine, correspondant à la période d’élaboration du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui décide de la politique fiscale sur le tabac pour l’année à venir. Autrement dit, le rapport KPMG doit être pris pour ce qu’il est : un outil de désinformation et d’influence au service de l’industrie du tabac. Le commerce illicite du tabac fait peser une triple menace : sanitaire, fiscale et sécuritaire. Mais à travers le traitement journalistique du rapport KPMG, c’est la capacité d’influence de l’industrie du tabac, la capacité des médias à proposer une offre informationnelle rigoureuse et débarrassée des intérêts catégoriels, et la capacité des pouvoirs publics à engager des politiques conformes à l’intérêt général et à la santé publique qui sont en jeu.
Pr. Yves Martinet
Président du CNCT
Lire notre rapport – Le commerce illicite, outil de désinformation et d’influence de l’industrie du tabac