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Faire fumer des acteurs stars dans les films : une pratique lucrative et répandue

Faire fumer des acteurs stars dans les films : une pratique lucrative et répandue

Quand on analyse les rapports de marketing secrets des fabricants de tabac, on voit également apparaître des titres de films où des marques de cigarettes ont été intégrées à des fins publicitaires et des noms d’acteurs qui ont reçu des sommes conséquentes pour fumer.

C’est le cas du film Superman II, pour lequel une lettre datée de 1979 « confirme l’accord qui a été conclu entre nos 2 compagnies selon lequel nous exposons la marque Marlboro dans le film Superman II. […] contre 20 000 livres… ». (Philip Morris).

De même,  Sylvester Stallone confirme dans une lettre datée du 28 avril 1983 : « Comme ce qui a été convenu, je garantis que j’utiliserai les produits du tabac Brown & Williamson dans au moins 5 films. En échange, je recevrai de Brown & Williamson la somme de 500 000 dollars ». 

L’industrie du tabac a passé plus de 1 500 accords secrets avec les acteurs (Studio magazine, mars 2007).

Le placement de produits du tabac au cinéma : la France n’est pas épargnée

Le placement de marques de tabac est une une forme de publicité cachée qui contourne la loi Evin.

Investir dans un film est une opération très rentable pour l’industrie du tabac, elle lui permet de promouvoir ses produits avant la sortie en salles (bandes-annonces diffusées dans les salles de cinéma mais aussi en TV et sur Internet), de capitaliser sur la période de diffusion du film en salles, puis après, s’assurer une promotion après la diffusion en salles (DVD, rediffusions sur chaînes de télé hertziennes, vidéos à la demande, et à l’international. 

A l’instar du film Camille Redouble de Noémie Lvovsky où apparaît un paquet de Lucky Strike reconnaissable à son logo rouge dans la bande annonce. Par ailleurs, le précédent film de la même réalisatrice, Les sentiments, lui montrait une cinquantaine de fois la même marque (Studio magazine, mars 2007).

 

L’exemple du film Le Grand Partage d’Alexandra Leclère qui fait la promotion du paquet Marlboro.

Voir la bande-annonce

 

 

Une étude réalisée sur 200 films à succès sortis en France entre 1982 et 2001 a montré que :

  • dans la moitié de ces films, on trouve une scène où l’on fume ;
  • dans 22 % ces films, on trouve une marque de cigarettes ;
  • dans 79,5 % de ces œuvres, des objets rappelant le tabac (briquets, cendriers, etc.) sont visibles [3].

Une étude menée par la Ligue contre le cancer montrait une banalisation du tabagisme en France, avec des scènes tabagiques présentées comme composantes de l’environnement normal. Par ailleurs, le cinéma français ne respecte pas la loi d’interdiction de fumer dans les lieux publics dans la moitié des citations de tabagisme dans un lieu clos.

 

 

Dans Un monde sans femmes de Guillaume Brac (réalisé en 2011), Patricia, un des personnages du film entre dans un bar, salue les personnes présentes dans le bar (dont 2 hommes, dont un en train de fumer), s’installe au comptoir, commande sa boisson, jette un coup d’œil à l’arrière du bar, puis demande :

« On peut fumer ? », demande Patricia
« Bien sûr », répond la dame au comptoir. « Ici, il y a pas de problèmes. »
« Vous avez du feu ? », lui demande alors la jeune femme.
 
 
 
 
 
 

 
[3] Melihan-Cheinin P., Mourouga P., Loiseau S., Larochette N., Martin D., Ratte S., David C., Cocq E. (2003), Enquête sur la valorisation des produits du tabac sur les films à grand succès en France : 1982-2001, Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 22, 103-104.