Les cigarettiers accusés de faire la promotion des marques du tabac sur Internet

Les organisations de santé publique expriment leur inquiétude concernant la manière dont le réseau Internet est utilisé pour promouvoir le tabac.

Les cigarettiers nient utiliser la Toile pour commercialiser leurs marques, et pourtant il y a une montée de l’inquiétude sur l’utilisation des réseaux sociaux qui valorisent et normalisent la consommation de tabac, particulièrement chez les jeunes.

British American Tobacco (BAT) a été forcé de conduire une opération visant à limiter les dégâts après qu’il ait apparu que plusieurs de ses salariés avaient établi des sites de fan sur Facebook pour les marques de la compagnie, Lucky Strike et Dunhill, apparemment sans que la société soit au courant.

Action on Smoking and Health (ASH), association britannique de lutte contre le tabagisme, a aussi révélé que BAT avait engagé une société marketing spécialisée en web, iKineo, pour promouvoir la marque Lucky Strike en Afrique du Sud.

En effet, iKineo vantait sur son site Web qu’il avait « étendu la campagne de Lucky Strike dans l’espace numérique, pour mobiliser un mouvement souterrain puissant pour prôner la marque ».

D’autres cigarettiers ont vu en Internet un moyen de communiquer. Des milliers de fumeurs – qui ont dû confirmer qu’ils avaient plus de 18 ans simplement en cliquant sur une fenêtre – ont eu accès à un site Web leur permettant de concevoir des paquets pour ses nouveaux paquets de cigarettes Camel, fabriquées par RJ. Reynolds (RJR). Au final, cela a amené au lancement d’une gamme de nouveaux paquets qui ont étendu la marque Camel, ce dernier s’est vu monter dans les classements des moteurs de recherche.

Les études menées n’ont pas contrevenu aux lois interdisant la publicité de tabac, mais Robin Hewings, Directeur du Cancer Research en Angleterre, affirme que : « l’industrie a toujours cherché des échappatoires qui leur permettent de viser les jeunes ».

Cependant, il apparait qu’il n’est pas toujours clair de voir les émetteurs de ses sites pro-tabac. En 1997, RJ. Reynolds a retiré son personnage de Joe Camel de ses campagnes publicitaires après que l’American Medical Association ait publié un rapport démontrant que les enfants le reconnaissaient, plus facilement que Mickey Mouse. Aujourd’hui, une recherche sur Facebook sur « Joe Camel » fait apparaitre plus de 25 sites consacrés au personnage.

Une étude de 163 vidéos de marques de tabac sur YouTube, effectuée par des chercheurs de l’Université d’Otago en Nouvelle-Zélande, a permis de constater que 71 % d’entre elles représentait « du contenu pro-tabac ». Par ailleurs, de nombreux clips sont fortement bien élaborés : par exemple, une vidéo « d’arrêt sur image » montre un paquet Marlboro se métamorphosant en robot de Transformer semblable à ceux qui figurent dans le film hollywoodien à succès.

Des documents internes de l’industrie révèlent que les cigarettiers ont utilisé Internet comme une arme marketing pendant des années.

Le Professeur Terence Stephenson, Président du Royal College of Pediatrics and Child Health, affirme : « je voudrais que les gens qui sont responsables de ces nouvelles formes de médias sociaux soient plus responsables dans le contenu qu’ils autorisent, particulièrement sur le contenu qui valorise et promeut la consommation de tabac chez les jeunes ».

Pour en savoir plus sur les techniques des cigarettiers sur les réseaux sociaux


Source : The Observer, “Tobacco companies accused of promoting cigarette brands online”
Date : 10 octobre 2010
http://www.guardian.co.uk/society/2010/oct/10/cigarette-firms-accused-promoting-online
Journalistes : Jamie Doward et Denis Campbell  

10 octobre 2010