Indonésie: le tabagisme infantile, fruit d’un marketing agressif

Voir des adolescents qui fument n’est pas rare en Indonésie mais au cours des dernières années, les fumeurs de cigarettes sont de plus en plus jeunes dans ce pays. Devenu un symbole du fléau qui touche l’Indonésie : Aldi Rizal,  connu dans le monde entier sous le nom de « smoking baby » fume depuis ses 18 mois jusqu’à 40 cigarettes par jour. Plus de 34 millions de personnes ont visionné un extrait vidéo sur Youtube datant de 2010 de cet enfant qui soufflait avidement cigarette après cigarette et les faisait tournoyer dans ses mains. Ce « bébé fumeur” n’est malheureusement pas une exception et n’est que la partie visible de l’iceberg. L’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé du monde, semble être en proie à une dépendance au tabac incontrôlée. C’est un endroit où les compagnies de tabac nationales et internationales sont capables d’utiliser des méthodes de marketing inconcevables en France.

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Mais vivant dans un environnement, où les fabricants de cigarettes ont carte blanche pour transmettre leur message et promouvoir leurs produits et où la prévention et l’information sur les risques semblent ne pas êtres bien assimilés, il peut être très difficile pour les enfants indonésiens de se défaire de leur addiction. Le problème est exacerbé par le faible coût des cigarettes dans le pays, qui permet même aux enfants de familles pauvres de les acheter. C’est d’ailleurs, à côté de la publicité démesurée, une des explications pour laquelle un grand nombre d’enfants et d’adolescents commencent à fumer : le coût, avec la possibilité d’acheter une seule cigarette sans avoir à acheter l’ensemble du paquet. Officiellement, la vente des cigarettes est interdite aux mineurs mais cette restriction n’est jamais respectée et un enfant très jeune peut se procurer des cigarettes.

Tant que les publicités pour les cigarettes sont diffusées massivement partout à la télévision, à la radio, dans les journaux et sur les panneaux d’affichage extérieurs et que les prix des produits du tabac resteront si bas[1], le problème des enfants fumeurs va s’aggraver.

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Crédit image : Paul Harding Twitter @phtravel

L’Indonésie est le parfait exemple de ce qui se produit lorsque l’on laisse l’industrie faire ce qu’elle veut, ciblant les plus jeunes et que le gouvernement ne fait rien pour y remédier. C’est l’un des rares pays à ne pas avoir signé la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac, qui stipule que les politiques gouvernementales doivent être protégées des intérêts acquis de l’industrie du tabac. L’indice des interférences de l’industrie du tabac de 2018 a d’ailleurs révélé que l’Indonésie affichait le second plus haut niveau de participation et d’interférence de l’industrie du tabac dans la politique gouvernementale de la région de l’ASEAN[2].

 

[1] Les hausses de taxes significatives incitent à l’arrêt des plus démunis et réduisent la pauvreté, http://www.cnct.fr/dernieres-actus-59/les-hausses-de-taxes-significatives-incitent-a-l-arret-des-plus-183.html

[2] Association des nations de l’Asie du Sud-Est