FIC : quand Philip Morris infiltre les corps de contrôle

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Le FIC, Forum International de la Cybersécurité, a été mis en place en 2007 par la Gendarmerie Nationale avec le soutien financier de la région Hauts de France. Ce forum propose des rencontres annuelles réunissant des professionnels de la cybersécurité qu’ils agissent dans la sphère publique ou privée. Ces rencontres sont destinées à renforcer une approche européenne de la cybersécurité et à renforcer la lutte contre la cybercriminalité qui constitue une des priorités de l’Union Européenne.

Outre cette rencontre annuelle, des échanges sont proposés au travers de différentes rencontres abordant diverses thématiques.

Manipuler une telle organisation respectable, intervenant dans le domaine de la lutte contre les marchés illicites, constitue pour l’industrie du tabac un objectif à atteindre lorsque l’on connaît la stratégie d’entrisme de celle-ci. Cette stratégie a pour finalité de faire oublier toutes les malversations qui caractérisent les pratiques des fabricants et à tenter de redorer une image bien dégradée de ceux-ci. Autre enjeu de taille pour les cigarettiers : garder le contrôle des marchés parallèles des produits du tabac où leurs marges bénéficiaires sont majeures et peuvent mettre à mal, au moins partiellement, les politiques publiques de réduction de la consommation. Pour ce faire, il faut imposer ses systèmes et apparaître comme un interlocuteur crédible voire incontournable dans le problème de la lutte contre les marchés parallèles.

Ainsi le prochain petit déjeuner du FIC, prévu le 29 mars est tout simplement organisé par le fabricant de tabac Philip Morris qui y intervient ainsi que nombre de structures faux nez des cigarettiers. Les faits sont pourtant têtus et Philip Morris a notamment été poursuivi par l’Union Européenne et dix Etats Membres dont la France en 2000 en tant  « … qu’organisation mondiale visant à faire de la contrebande de cigarettes, à blanchir les recettes du trafic de stupéfiants, à entraver la surveillance de l’industrie du tabac par les gouvernements, à fixer les prix de manière déloyale, à corrompre des agents publics étrangers, et à faire du commerce illégal avec des groupes terroristes et des États commanditaires d’actes de terrorisme… »[1]. Pour éviter le procès, le fabricant a préféré payer la somme d’un milliard de dollars. Ces faits ne relèvent pas que du passé. Encore aujourd’hui, la quasi-totalité des produits de contrebande sortent directement des machines des fabricants.

Comment expliquer une telle incohérence de la part des pouvoirs publics ? Alors même que la France a adopté avec 180 autres pays des règles strictes pour protéger ses politiques publiques de l’ingérence de l’industrie du tabac, comment peut-on aboutir à ce que les animateurs directs ou indirects des marchés de contrebande, soient les organisateurs de rencontres censées traiter de ces problèmes ? Les fabricants vont jusqu’à faire intervenir un représentant de la DGCCRF pour parfaire leur image d’acteur respectable.

Notre pays enregistre une baisse importante du nombre de fumeurs (-1,6 million) dont le CNCT se félicite tout particulièrement et est fier d’y avoir contribué. Aussi, ce retour de l’industrie du tabac dans les instances de décisions, aux côtés d’institutions publiques renommées est extrêmement préoccupant. Cette situation traduit l’offensive massive engagée par les cigarettiers sérieusement mis à mal depuis ces derniers mois avec une chute importante de leurs ventes dans le monde et qui sont prêts à tout pour une reprise en main.

Il est absolument nécessaire que les autorités françaises demeurent vigilantes, ne s’associent en aucun cas à de telles pratiques et les condamnent définitivement. A cet égard, l’une des mesures attendues, serait précisément que les pouvoirs publics adoptent un système de suivi et de traçabilité des produits du tabac indépendant des fabricants pour pouvoir lutter efficacement contre les marchés parallèles.


[1] US District Court. Plainte de la Communauté européenne contre Philip Morris, RJ Reynolds et Japan Tobacco. New York : United States District Court, Eastern District of New York 2000.