Mois Sans Alcool annulé, ou la victoire des lobbys alcooliers

Le 14 novembre, Emmanuel Macron, en visite des représentants viticole de la Champagne, déclarait : « Vous pouvez faire savoir qu’il n’y aura pas de Janvier Sec ». Une semaine plus tard, Agnès Buzyn, Ministre de la Santé et des Solidarités, expliquait au micro de Franceinfo que l’opération de Mois Sans Alcool n’avait pas été validé ni même présenté au Ministère ou à elle-même[1]. En l’espace de dix jours, l’opération a été enterrée.

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#MoisSansAlcool s’inspire du Dry January, à l’œuvre au Royaume-Uni depuis 2013. Basé sur les principes du marketing social, il consiste à inciter les participants à stopper toute consommation de boissons alcoolisées, l’espace d’un mois. Basé sur le principe du volontariat, le but est simple : il s’agit de sensibiliser le public sur les dangers et les méfaits de l’alcool, souvent minorés[2].

  • Chaque année, 41 000 personnes meurent de leur consommation de boissons alcoolisées en France
  • La consommation d’alcool peut entraîner sept cancers différents (foie, œsophage, bouche, gorge, colon, rectum, sein).
  • La consommation de boissons alcoolisées est la principale cause de cirrhose du foie, maladie chronique et irréversible.
  • A long terme, les boissons alcoolisées entraîne des troubles cognitifs : altération de la mémoire, des capacités de planification, d’attention, de prise de décision.
  • L’alcool est une cause majeure de violences notamment envers les femmes. Les risques d’agression physiques sont multipliés par huit les jours ou l’homme boit, celles d’agression grave par onze.[3]
  • Ainsi le tabac et l’alcool représentent les deux principales causes de maladies non transmissibles et leurs consommations vont souvent de pair. Il s’agit dans les deux cas d’épidémies industrielles.

De fait, ce revirement s’explique par la forte influence des lobbys alcooliers. Christophe Château, porte-parole du Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux, parle d’une « mesure extrémiste », à propos du « janvier sec ». La filière, avec ses 500 millions d’euros de budget publicitaire, freine des quatre fers toute tentative de régulation de la consommation, s’en remettant au principe d’autorégulation, quand toutes les études démontrent l’incapacité des alcooliers à proposer des mesures efficaces[4].

Toutefois, l’absence de soutien de l’Etat n’a pas empêché une vingtaine d’associations de maintenir l’opération, parmi lesquelles figure le Fonds Actions Addictions, des associations d’addictologues (SFA, FFA et ANPAA…), la Ligue contre le cancer, la mutuelle MGEN, ainsi que des associations de patients, d’usagers de la santé, d’étudiants (France Assos Santé, Aides, France patients experts, la Fage…) et de lutte contre les addictions en entreprise (Adixio).

Les bénéfices d’une pause dans la consommation apparaissent en effet indiscutables : perte de poids, amélioration de la qualité du sommeil, regain d’énergie, de la concentration et meilleure aptitude à maîtriser sa consommation[5].


[1] https://www.huffingtonpost.fr/entry/mois-sans-alcool-sante-alcoolisme-buzyn_fr_5dd66961e4b0fc53f20e761d

[2] https://www.alcool-info-service.fr/alcool/consequences-alcool/risques-long-terme

[3] https://www.20minutes.fr/societe/2632963-20191021-grenelle-contre-violences-conjugales-alcool-grand-absent-denoncent-experts

[4] https://www.20minutes.fr/sante/2298275-20180628-alcoolisme-plan-prevention-lobby-alcool-peut-etre-efficace

[5] https://www.20minutes.fr/societe/2665947-20191203-mois-alcool-bien-lieu-janvier-etat-affirment-associations