La Fondation pour un monde sans fumée, le trouble faire-valoir de Philip Morris

Dans le cadre de sa stratégie visant à redorer son image, le cigarettier Philip Morris International a créé en septembre 2017, la Fondation pour un monde sans fumée et a communiqué avec force sur près d’un milliard de dollars sur 12 ans versés à cette fondation.

Dans cette perspective d’apparaître comme un interlocuteur dans la pandémie mondiale tabagique, la Fondation du fabricant de tabac se veut un organisme scientifique indépendant visant à «accélérer la cessation du tabagisme». Pourtant, d’emblée la légitimité et l’indépendance de cette fondation ont été vivement contestées.

Le 13 mai 2019, la Fondation pour un monde sans fumée a déposé une déclaration de revenus portant sur sa première année complète d’activité, 2018, fournissant de nouvelles informations sur son organisation et activités :

  • La Fondation est toujours exclusivement financée par Philip Morris International
  • La Fondation a dépensé davantage en relations publiques qu’en recherche scientifique en 2018
  • La Fondation semble ne pas dépenser son allocation financière en recherche
  • Malgré la dépense considérable en relations publiques, la couverture de la Fondation par la presse a été largement négative
  • La Fondation prétend être indépendante mais contracte avec des organisations de relations publiques, juridiques et de recherche liées à l’industrie du tabac

Selon la déclaration de revenus, il est indiqué qu’en 2018, elle a dépensé 6,46 millions USD en «subventions et contributions versées au cours de l’année», 7,59 millions de dollars en communications (dont la majeure partie a été dépensée pour les organisations de relations publiques) et 7,03 millions de dollars en personnel.

Cette dépense plus importante pour les relations publiques que pour la recherche ne correspond pas à la vision que la Fondation prétend avoir. Il s’agit de manière objective d’éléments soulignant que la Fondation a pour finalité d’assurer une fonction clé de relations publiques pour Philip Morris International.

En 2018, la Fondation a dépensé 5,22 millions USD avec Ogilvy Public Relations Worldwide et 665 000 USD supplémentaires avec Mercury Public Affairs. Ogilvy travaille depuis des décennies avec des géants du tabac, à la fois pour promouvoir le tabac et pour cacher/dissimuler ses méfaits. L’entreprise a d’ailleurs été condamnée en France pour ses violations à la loi Evin[1]. Mercury a récemment tissé des liens avec l’industrie grâce à son travail de lobbying en 2018 pour Altria (société mère américaine de Philip Morris USA).

Étant donné que l’industrie du tabac utilise depuis longtemps des entreprises de relations publiques et des scientifiques externes pour manipuler la recherche, les liens entre la Fondation et ces organismes soulèvent de sérieuses préoccupations quant à la légitimité des messages scientifiques et de la recherche émanant de la Fondation. Une science solide est en effet nécessaire pour réduire les dommages causés par le tabac, mais cette science doit être indépendante de l’industrie du tabac.

 


Pour aller plus loin : 

TobaccoTactics

The Lancet

Watts C, Freeman B “Where There’s Smoke, There’s Fire”: A Content Analysis of Print and Web-Based News Media Reporting of the Philip Morris–Funded Foundation for a Smoke-Free World

JMIR Public Health Surveill 2019;5(2):e14067 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31172959

[1] CNCT c/ Ogilvy – Rothmans, Chambre Crim Cour Cassation, le 19-11-1997