L’Institut Economique Molinari, au service de l’industrie du tabac

Fin octobre 2019, l’Institut Economique Molinari (IEM), un think tank  d’obédience ultralibérale, publiait une étude intitulée : « La fiscalité sur les carburants et les cigarettes, comment l’automobiliste et le fumeur ont été transformés en vaches à lait avec 60 milliards de taxes ». Cette étude détaille la structuration des taxes relatives à ces deux produits, et l’essentiel de son propos se concentre en un point : dénoncer la surenchère fiscale.

Le document s’articule autour d’un argument central, consistant à dire que les hausses de prix sur le tabac sont sans effet sur le niveau de consommation. Partant de ce principe, les augmentations tarifaires ne peuvent être motivées que par des raisons budgétaires, et non de santé publique. Ainsi, les fumeurs seraient des victimes désignées des politiques de santé publique, à commencer par les plus pauvres, et la vache à lait de l’Etat.

Or, le postulat de l’étude est invalidé par les faits[1] : une augmentation de 10% des prix sur le tabac entraîne mécaniquement une baisse moyenne de 2,5% à 4% de la consommation. Mieux, les catégories populaires sont les premières à arrêter de fumer à la suite des hausses de prix, tandis que les jeunes sont moins susceptibles de commencer à fumer.

Mais il est surtout édifiant de s’intéresser au contexte dans lequel cette étude a été produite. Celle-ci a été publiée quelques jours seulement avant l’augmentation du prix du paquet en France. Par ailleurs, la Grande-Bretagne a historiquement été à l’avant-garde de la lutte anti-tabac en Europe. Avec le Brexit, la France est en passe de devenir le nouveau moteur européen sur ces sujets. L’auteur de la plupart des productions de l’IEM sur la question du tabac est un certain Valentin Petkantchin. Ce dernier est également l’auteur d’un certain nombre de notes de synthèse pour Philip Morris International lors de la consultation norvégienne et anglaise sur le paquet neutre.

L’Institut Molinari publie ainsi cette étude dans le but précis de décrédibiliser les politiques publiques françaises sur le tabac, et délégitimer l’argument de la hausse des taxes  sur ces produits. Le contexte n’est pas anodin avec l’arrivée d’une nouvelle Commission européenne et la possibilité d’harmoniser vers le haut les fiscalités des produits du tabac des Etats membres afin de réduire la consommation de tabac.

Pour lire le décryptage du CNCT sur l’Institut Molinari


[1] https://cnct.fr/plaidoyers/fiscalite-produits-tabac/2/