Fin de tout partenariat entre l’OIT et l’industrie du tabac ?

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A l’issue de sa 334e session à Genève, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a annoncé le 8 novembre 2018, que l’accord financier passé avec les fabricants de tabac ne serait pas renouvelé pour ce qui concerne les initiatives en cours visant à lutter contre le travail des enfants.

Cependant l’organisme ne s’est toutefois pas clairement engagé à rejeter tout financement du secteur du tabac à l’avenir. Un important nombre de pays de l’union européenne et de groupes non gouvernementaux de la santé et de la lutte antitabac ont exhorté l’OIT de couper tout lien avec les compagnies de tabac. Ils rappellent notamment que le travail des enfants dans le domaine du tabac est massif et que les enfants constituent la cible majeure des fabricants de tabac pour développer la vente de leurs produits mortels. L’agence des Nations Unies avait déjà débattu de la question et reporté une décision à trois reprises au cours des 18 derniers mois.

Actuellement, l’OIT entretient encore un partenariat avec Japan Tobacco International (JTI).

La coupure des liens entre l’OIT et l’industrie du tabac n’est cependant pas clairement établie. Le BIT, organe décisionnaire de l’OIT, a déclaré qu’il «poursuivra ses efforts pour mobiliser diverses sources de financement durables auprès des secteurs public et privé avec les garanties appropriées». Or  à la demande de précisions quant aux  « garanties appropriées » mentionnées, l’OIT a  simplement mentionné qu’elle « ne souhaitait pas commenter la décision ».

Alors que l’organe directeur de l’OIT continuait d’ajourner sa décision, l’industrie du tabac et les organisations qu’elle finance renforcent la publicité selon laquelle elles s’engagent pour l’avenir des communautés productrices de tabac. L’industrie du tabac s’immisce dans la formulation des politiques de lutte antitabac en utilisant les activités de RSE pour améliorer son image auprès du public, en exerçant une influence sur les organisations intergouvernementales internationales et régionales et en s’adressant aux hauts responsables des pays ciblés.

C’est la raison pour laquelle l’OIT devrait s’aligner entièrement sur l’article 5.3 de la Convention-cadre pour la lutte antitabac. Ce dernier indique que les intérêts de l’industrie du tabac sont intrinsèquement opposés à ceux de la santé publique et que, par conséquent, l’industrie ne peut participer à la définition ou à la mise en œuvre d’une politique de santé publique.

Les partenariats de l’OIT avec l’industrie du tabac ne contribuent nullement à résoudre les problèmes soulevés notamment celui du travail des enfants. Les planteurs de tabac restent des femmes et des enfants non scolarisés, pris au piège de l’exploitation du travail, de la pauvreté et d’une exposition à des maladies professionnelles tandis que les fabricants de tabac tirent le plus grand profit de cette situation.

En 2019, pour la première fois depuis huit ans, l’OIT refuse tout financement direct de cette industrie meurtrière. Il s’agit d’une étape importante et il convient de poursuivre dans cette voie pour supprimer tout lien.