Les douteuses pratiques de l’industrie du tabac en Afrique de l’Ouest

L’observatoire du tabac en Afrique francophone (OTAF) dénonce la tenue de deux ateliers organisés récemment par les entreprises multinationales du tabac British American Tobacco (BAT), Imperial Tobacco (IT) et Philip Morris International (PMI) en Afrique de l’Ouest. Le premier atelier a eu lieu le 23 octobre à Lomé au Togo et le second, le 25 octobre à Cotonou au Bénin avec pour prétexte l’élaboration d’un plan d’actions pour l’éradication de la fraude et le commerce illicite des produits du tabac. Plusieurs responsables de la sécurité et des finances du Bénin et du Togo étaient présents à ces ateliers. Les porte-paroles de l’industrie dénoncent le manque à gagner pour les états africains suite à la recrudescence de la contrebande.

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Selon Mamadou Gueye, porte-parole de Philip Morris, le commerce illicite affecte aussi bien les revenus des industries que la sureté des Etats, ajoutant que « ce manque à gagner aurait pu servir à financer d’importants projets pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens ». Philip Morris « omet » de préciser que le commerce illicite est avant tout alimenté par des produits sortis des usines des fabricants de tabac, notamment les siennes. La contrebande fait en effet partie des marchés juteux que les fabricants de tabac ne négligent nullement.  En réalité, l’industrie du tabac ne peut pas en aucun cas être considérée comme un partenaire légitime dans la conception d’une politique de lutte contre le tabagisme. Ces ateliers servent avant tout de propagande pour les industriels du tabac qui ont ainsi essayé de focaliser l’attention des participants sur le trafic de cigarettes, afin d’empêcher l’adoption de mesures indispensables permettant la réduction de la consommation et qui mettraient à mal leur marge bénéficiaire et afin de conserver une image d’interlocuteur respectable alors même qu’ils entretiennent ces marchés illicites. L’objectif des industriels du tabac en Afrique est de poursuivre la conquête de nouveaux marchés avec un nombre croissant d’enfants et de jeunes et des pays qui connaissent une croissance économique élevée. Le continent représente un énorme marché d’avenir pour l’industrie du tabac. On estime à 77 millions le nombre de fumeurs en Afrique et ce nombre devrait augmenter de près de 40% par rapport aux niveaux de 2010 d’ici 2030, ce qui représente la plus forte augmentation de ce type prévue dans le monde.

Le préambule de l’OMS–CCLAT rappelle cette nécessité absolue : les Parties au traité « ont besoin d’être en état d’alerte face à tous les efforts de l’industrie du tabac pour contrecarrer ou créer la subversion au niveau des efforts de contrôle du tabac » et l’article 5.3 de la CCLAT et ces directives interdisent l’incorporation de l’industrie du tabac dans la définition, la préparation et la mise en œuvre des politiques publiques. Ainsi donc le Togo et le Bénin qui ont ratifié ce traité doivent rejeter toute tentative d’intrusion par l’industrie du tabac ou ses alliés.

Lire le communiqué de l’OTAF