Contrôle du tabac en France : voter des lois c’est bien, les appliquer c’est mieux !

Luk Joossens et Martin Raw, chercheurs et acteurs du Contrôle du tabac respectivement en Belgique et en Angleterre, ont publié en mars 2011 le classement des politiques de contrôle du tabac dans les pays de l’Union Européenne (plus l’Islande, la Norvège et la Suisse). Ce classement tient compte : du prix des produits du tabac, de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, du financement public du contrôle du tabac, de l’interdiction de toute publicité, de la nature des avertissements sanitaires sur les paquets de tabac et de l’organisation du traitement de la dépendance au tabac.

La France est classée 6ème après le Royaume-Uni, l’Irlande, la Norvège, la Turquie et l’Islande. Ce classement pourrait laisser penser que la France est dans la bonne voie vers l’éradication des maladies et des morts (60 000 par an en France) liées à la consommation de tabac. Malheureusement, il n’en est rien. En effet, si la France a voté une bonne législation sur le contrôle du tabac, qui justifie ce classement « flatteur », l’absence de volonté politique concernant la mise en œuvre de cette législation avec une absence presque complète de contrôle, explique une consommation de tabac très élevée comparée à celle d’autres pays tels que le Royaume-Uni, l’Irlande, la Norvège, l’Islande. Cette situation est même pire puisque la consommation repart à la hausse, comme le montrent les chiffres suivants :

Tableau 3 Tableau 4

Cet état va s’aggraver rapidement, du fait d’un financement actuel du contrôle du tabac en France médiocre de 0,08 € par an et par habitant (Royaume-Uni : 1,13 €, Islande : 1,40 €, Suisse : 1,77 €) que les pouvoirs publics sont en train de réduire de façon drastique.

De bonnes lois non appliquées et une presque absence de financement public expliquent la stagnation de la consommation de tabac en France. Cet état résulte de la volonté politique actuelle de soutenir, aux dépens de la santé des français, les profits du cartel de l’industrie du tabac et ceux des buralistes, sachant qu’en moyenne, entre 2004 et 2011, chaque buraliste a touché 5 545 € par an de l’Etat pour soutenir ses revenus, alors qu’entre 2002 et 2009, la rémunération moyenne des débitants de tabac a augmenté de 46 %.
Pourtant le tabac coûte à la collectivité et aux finances publiques au travers notamment des coûts des maladies qui dépassent de loin ce que l’Etat peut prélever en recettes fiscales sur les produits du tabac.

Il est vrai que les morts du tabac ne votent pas.